Meurtres sous Contrôle (God Told Me To)

Meurtres sous Contrôle (God Told Me To)

Synopsis :

« Dieu me l’a ordonné« . Telles sont les dernières paroles proférées par un homme ayant tiré sur la foule dans les rues de New York. Bientôt d’autres tueries de masse sont perpétrées en divers endroits de la ville. Le détective Peter Nicholas est chargé de l’enquête.

Critique :

Larry Cohen était un self-made man. Portant ses projets à bout de bras, il a produit, scénarisé et réalisé nombre de films adulés par les amateurs du cinéma de genre. Démarrant sa carrière sur les chapeaux de roue en créant rien de moins que la série Les Envahisseurs, il va très vite se tourner vers la réalisation avec des titres aussi porteur que Le Monstre est Vivant (et ses deux suites), Épouvante sur New-York ou L’ambulance. Il ne laissera pas pour autant tomber l’écriture et signera quelques beaux scripts comme Maniac Cop I et II (laissons de côté l’opus III par pudeur), Phone Game avec Colin Farrell mais surtout, un film que j’adule littéralement, Pacte avec un Tueur (Best Seller) avec les toujours impeccables James Woods et Brian Dennehy. Meurtres sous Contrôle est l’exemple parfait de l’investissement que pouvait fournir Larry Cohen sur ses projets, puisqu’ici il assure les postes de scénariste, réalisateur et producteur. Il s’entoure néanmoins de fidèles techniciens pour tenir les postes clés de directeur de la photographie, Paul Glickman (The Stuff), et de monteur, ici un trio composé de Michael D. Corey (Black Caesar), Arthur Mandelberg (The Private Files of J. Edgar Hoover) & William J. Waters.

Si les meurtres sont effectivement commis sous contrôle, le film lui est bel et bien sous influence. Des influences ayant plusieurs sources, quelles soient ancrées dans la réalité ou dans le mysticisme.

Meurtres sous Contrôle démarre sous les meilleurs auspices. Un homme tire, du haut d’un réservoir, sur la foule qui se presse à ses pieds. Le tir est précis. Les corps s’affalent. Les témoins du drame, pris de panique, courent en tous sens. Filmée sur le vif, rondement menée, parfaitement découpée, cette séquence renvoie au massacre perpétré par Charles Whitman en 1966 au cours duquel il abat depuis une tour de l’université du Texas 16 personnes et en blesse 32 autres. Larry Cohen cherche et parvient à choquer le public dès le début de son film en convoquant les drames du passé et en anticipant ceux du futur. La réalisation en caméra cachée lui permet de capter les réactions surprises ou affolées des passants non informés du tournage et ainsi de placer subjectivement les spectateurs au sein de cette même foule.

Larry Cohen va dès lors faire baigner toute la première moitié de Meurtres sous Contrôle dans une atmosphère de paranoïa elle aussi très en vogue dans les cinéma de années ’70. Cette paranoïa naît de l’ignorance. Qui va commettre les prochains meurtres ? Quand ? Où ? Autant de questions alimentant l’imaginaire collectif auxquelles le réalisateur va très vite répondre. Les meurtres auront lieu aussi bien dans la sphère publique que dans la sphère familiale. Un policier participant au défilé de la St Patrick va abattre plusieurs de ses collègues. Un père de famille va massacrer toute sa famille. Il résulte d’ailleurs du récit que ce dernier en fait aux inspecteurs l’une des scènes les plus glaçantes du film. En filigrane, la caméra de Larry Cohen s’attache au flic chargé de l’enquête et va s’en servir pour faire basculer son thriller dans le fantastique et la science-fiction à forte connotation mystique.

Peter Nicholas est un flic d’une trentaine d’année. On le sait croyant, très croyant même. Marié, il est séparé de son épouse et vit avec une jeune femme. Cette dernière le presse de faire le nécessaire auprès de sa femme pour qu’elle accepte le divorce. Il lui promet de le faire. Mais tout n’est pas aussi simple puisque c’est lui qui refuse l’officialisation de sa séparation devant l’Église. Ses mensonges, son adultère le pressent de se confesser chaque jour au sein de sa paroisse. Pour Nicholas, cette vague de crimes est une bénédiction. Investi d’une mission quasi divine, il cherche à rétablir la vérité. Les meurtriers ne peuvent agir au nom de son Dieu. Mais deux témoignages vont mettre à mal ce qu’il considère comme acquis, sa foi en et son existence même. Meurtres sous Contrôle devient dès lors un récit mettant en exergue la théorie des anciens astronautes pour d’une part livrer une explication « rationnel » à l’existence de Dieu et de la Foi sur Terre et d’autre part confronter notre protagoniste principal à son antagoniste.

Rosemary’s Baby, L’Exorciste ou La Malédiction, trois films fortement influencés par la religion. Exister face à ces trois piliers cinématographiques signifiait pour Larry Cohen d’aborder le sujet d’un point de vue différent. La théorie des anciens astronautes, popularisée en 1968 par Erich Von Däniken avec son ouvrage « Présence des Extra-terrestres« , lui apporte la solution. Le sujet a très peu servi au cinéma (Kubrick y fait allusion avec son monolithe noir dans 2001, l’Odyssée de l’Espace). Cette théorie, voulant que des êtres supérieurs venant de l’espace soient entrés en contact avec l’espèce humaine en des temps reculés, sert de terreau au réalisateur dans l’idée qu’il se fait du combat que se livrent le Bien et le Mal pour son Meurtres sous Contrôle.

Enlevée par des extra-terrestres alors qu’elle se promène sur une plage, une jeune femme est inséminée par une force invisible dans un vaisseau spatial. Son engeance, sans sexe véritablement défini, est celui qui incite certains hommes à tuer leurs prochains. Le chaos semble être son but. Nimbé d’un halo lumineux, vêtu d’une tunique blanche, les cheveux longs et blonds, adoptant des poses qui font écho aux iconographies classiques, celui que l’on nomme Bernard Phillips a tout du Christ tel qu’il est représenté en Occident. Tout cela n’est qu’apparence. Son repaire, sa tanière n’est-elle pas dans les sous-sols d’un immeuble au milieu des flammes de chaudières ? Son but n’est-il pas de lever les hommes contre les hommes en une sorte de détournement de « Le frère livrera son frère à la mort et le père son enfant; les enfants se soulèveront contre leurs parents et les feront mourir » Matthieu 10-21 ? Larry Cohen n’en fait-il pas un antéchrist venu réclamer son bien sur une planète qui doit tout à sa civilisation ? Mais alors qui est Peter Nicholas qui semble tant inquiéter Phillips qu’il lance à ses trousses des « tueurs » ?

En terme de réalisation, ce n’est pas un budget serré qui va freiner les prétentions de Larry Cohen. Ce dernier va faire preuve d’inventivité sans jamais céder à la facilité. Flashbacks sépias, prises du vue au moyen de caméras cachés au milieu de la foule, effets spéciaux simples mais réussis (gros plan sur le vagin de Phillips dont s’inspirera David Cronenberg pour les visions cauchemardesques de Chromosome 3) et réutilisation de stock shots de la série Cosmos 1999 (le vaisseau spatial et ses intérieurs) et du film 2001, l’Odyssée de l’Espace (gros plan sur un œil). Meurtres sous Contrôle est une vraie réussite tant en terme d’écriture que de mise en scène.

Petit aparté. Larry Cohen ne s’est jamais caché de son admiration pour Samuel Fuller et il se fend d’un clin d’œil à l’ancien journaliste devenu réalisateur en faisant traverser son héros l’immense pièce où fonctionnent les presses d’un quotidien.

Puisque la première scène rappelle furieusement L’Homme à l’Affût d’Edward Dmytryk et que la partie enquête qui en découle prend ses racines dans le néo-noir alors en pleine extension, il n’est pas étonnant de retrouver en tête d’affiche Tony Lo Bianco, encore une fois très bon après ses prestations dans des films qui ont marqué le genre comme Les Tueurs de la Lune de Miel, French Connection, Serpico ou Police Puissance 7. Sylvia Sidney est également de la partie pour le plus grand plaisir de Larry Cohen. A son actif, Les Carrefours de la Ville, Furie, Agent Secret, Rue sans Issue, Casier Judiciaire, Les Inconnus dans la Ville. Autant de films qui rattachent Meurtres sous Contrôle au film noir et à sa déclinaison principale. Dans le rôle de Bernard Phillips, un habitué du cinéma de genre, Richard Lynch (Invasion USA), dont le physique partiellement endommagé suite à une immolation par le feu sied parfaitement au rôle. Son visage, très reptilien, en fait le parfait tentateur.

On l’aura compris, Meurtres sous Contrôle est un film au propos ambitieux et pas aussi facile d’accès qu’il n’y paraît. Grâce à une réalisation inventive et une interprétation de qualité, le résultat est largement à la hauteur de nos espérances. A voir et à revoir pour en saisir toutes les subtilités. ce qui devrait se faire avec plaisir, l’édition signée Rimini étant à la hauteur.

Edition bluray :

Rimini Editions nous invite à visionner Meurtres sous Contrôle dans des conditions quasi optimales. Si quelques passages, notamment en intérieur ou en basse lumière, s’avèrent quelque peu bruités, la copie est exempte de tout défaut avec de belles couleurs et un niveau de détail élevé. La bande-son en version française et originale sous-titrée français est claire et puissante. Un bel écrin pour un film atypique qu’il est urgent de (re)découvrir.

En terme de bonus, Rimini Editions se fend d’une présentation du film par Alexandre Jousse et des interviews de Tony Lo Bianco (Peter Nichols), du réalisateur Larry Cohen et du responsable des effets spéciaux Steve Neil.

Meurtres sous Contrôle est disponible en combo bluray+dvd ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : Larry Cohen
  • Scénario : Larry Cohen
  • Musique : Frank Cordell
  • Photographie : Paul Glickman
  • Montage : Michael D. Corey, Arthur Mandelberg & William J. Waters
  • Pays : États-Unis
  • Genre : Policier
  • Durée : 90 min
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7 réflexions sur « Meurtres sous Contrôle (God Told Me To) »

  1. La série B dans ce qu’elle a de meilleur. Ou quand le manque de moyens n’altère en rien une grande maîtrise du récit et de la mise en scène. Le génial Larry Cohen savait manier des concepts originaux et en exploiter tous les rouages. « Meurtres sous Contrôle » est surprenant de bout en bout, débute comme un polar et bifurque insidieusement vers quelque chose de complétement dingue. La manière de détourner, de remettre en cause les fondements mêmes de la religion chrétienne me renvoie au Carpenter de « Fog », « Prince des Ténèbres » et « Vampires »… Ton analyse est encore une fois pertinente et correspond parfaitement à l’image que je me fais de cet excellent « God told me to ».

    1. Merci beaucoup pour ton retour. Je découvre Larry Cohen doucement. J’ai vu il y a très longtemps Le Monstre est Vivant et L’Ambulance (vue au ciné) que j’avais beaucoup apprécié. Par contre, je n’ai pas vu ses suites. Meurtres sous Contrôle et son défilé de la Saint Patrick m’a donné envie de revoir Maniac Cop (et d’en faire un article). D’ailleurs, ce n’est pas le même commissariat qui est utilisé dans ces deux films ? Je n’avais jamais vu Meurtres sous Contrôle avant cette sortie Rimini et je dois avouer que j’ai été particulièrement surpris par l’audace du propos bien plus que par la parfaite gestion du manque de moyen. Hollywood recelait (peu-être encore aujourd’hui) de véritables artisans qui compensaient la moindre difficulté rencontrée par la passion qui les animait (cf. John Carpenter). ce n’était donc pas une surprise pour moi. Faut que je regarde aussi Épouvante sur New-York. Ça m’a l’air bien spécial aussi.

      1. Pour le commissariat, je ne saurais te dire, mais je sais que celui de « Maniac Cop » est fréquenté par le grand William Smith ! Et si tu as envie d’un rabe de Saint-Patrick, je t’invite à celle du gunfight final de « State of Grace » aka « Les Anges de la Nuit ». Quant à « Épouvante sur New-York », on tient-là une relecture étonnante du mythe du serpent à plumes (le tout traité façon légende urbaine). Bientôt en BR chez Rimini ?

        1. State of Grace est une réussite totale. J’en avais fait un article il y a quelques temps déjà (https://www.american-cinema.com/les-anges-de-la-nuit-state-of-grace/). J’ignore si Rimini se fendra d’une sortie pour Épouvante… Ce serait en effet l’idéal au regard de leurs dernières parutions qui sont de qualité. J’ai vu passer une info avec un titre prometteur dans cette même collection mais je suis incapable de retrouver le lien…

          1. Merci pour la lecture ! Récemment, j’ai vu passer une annonce concernant une future sortie Rimini : « Les Griffes de la Peur » !

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