Midi, Gare Centrale (Union Station)

Midi, Gare Centrale (Union Station)

Synopsis : Chicago. La jeune fille aveugle d’un richissime industriel se fait enlever en pleine gare centrale. La police, avec l’aide de la secrétaire du milliardaire, organise une gigantesque traque au milieu des voyageurs.

Critique : Nouvelliste réputé en plus d’être reporter au Sun, célèbre quotidien new-yorkais, Thomas Walsh écrit, en 1950, son premier roman Midi, Gare Centrale (Nightmare in Manhattan), à l’occasion d’une longue convalescence pour lequel il remporte l’année suivante le prix Edgar Allan Poe du premier roman. Ayant immédiatement rencontré le succès, il écrit de nombreux romans policiers dont Ronde de Nuit (The Night Watch) en 1952 et qui sera adapté sous le titre Du Plomb pour l’Inspecteur (Pushover) par Richard Quine avec Fred MacMurray.

La Judson productions Incorporation est créée au début des années 40 par Jules Schermer qui a travaillé auparavant auprès du Hollywood Reporter avant de devenir producteur pour la Twentieth Century Fox et la National General Pictures. Il produit entre autres Traquée (Framed) de Richard Wallace avec Glenn Ford, Le Port de la Drogue (Pickup on South Street) de Samuel Fuller avec Richard Widmark, Du Plomb pour l’Inspecteur (Pushover) de Richard Quine avec Fred MacMurray et bien évidemment Midi, Gare Centrale (Union Station). L’adaptation du roman Nightmare in Manhattan est confiée à Sydney Boehm, qui signe trois ans plus tard le scénario de Règlement de comptes (The Big Heat) de Fritz Lang avec Glenn Ford et pour lequel il remporte le prix Edgar Allan Poe du meilleur scénario.

Rudolph Maté débute sa carrière en tant que directeur de la photographie. De 1920 à 1935, il travaille en France où il se forge une solide réputation grâce à des films comme La Passion de Jeanne D’Arc de Carl Theodore Dreyer, Le Prix de Beauté avec Louise Brooks ou encore Liliom de Fritz Lang. Ce sera son dernier film en Europe qu’il quitte pour rejoindre Hollywood. Durant douze ans, il continue dans cette voie et travaille notamment sur Gilda de Charles Vidor et La Dame de Shanghai d’Orson Welles. A partir de 1947, il passe à la réalisation (Mort à l’arrivée avec Edmond O’Brien, Le Choc des mondes ou La Bataille des Thermopyles) et ce jusqu’à sa mort à l’âge de 66 ans.

A la vision du film, on ne peut s’empêcher de se rappeler ce que pense Bertrand Tavernier de Sydney Boehm, scénariste de Midi, Gare Centrale : « un vieux renard d’Hollywood et un remarquable constructeur d’intrigues. Il sait donner du nerf aux histoires banales, trouve des détails inattendus, réussit à les intégrer dans un milieu pittoresque, mais ne trouve que rarement des points de départs originaux« . Et le spécialiste du cinéma américain a, encore une fois, vu juste.

Là encore, le postulat de départ n’est pas d’une originalité confondante et pourrait même passer pour bancal tant le timing entre le départ de la secrétaire, auquel assiste la future victime, et le fait que cette même secrétaire constate l’arrivée des ravisseurs dans son train évidemment sans l’enfant semble impossible à tenir. La grande force du scénario réside autre part, dans cette faculté que possède Boehm à  choisir pour décor des lieux finalement peu vus au cinéma et de les imbriquer les uns aux autres le plus naturellement du monde. L’enquête se déroulera donc quasi exclusivement dans une gare, avec tout ce que cela peut comporter comme lieux différents au sein d’un même lieu, dans un métro aérien et même le temps d’une scène dans un vaste corral. De fait, le court passage dans l’appartement des ravisseurs devient presque anecdotique.

Fort de son expérience auprès des plus grands, Rudolph Maté réussit la gageure de dompter un environnement la plupart du temps clos et exiguë. Ainsi, il entraîne au cours d’une traque sans temps mort, les policiers et les spectateurs, dans tout les coins et recoins de cette vaste gare qui devient pour l’occasion un personnage à part entière avec sa foule anonyme. Maté donne ici le meilleur de sa technique. Multiplication des panoramiques, modification des profondeurs de champ et des angles de prises de vue donnent à l’ensemble un sentiment d’effervescence continue. Il n’a pas son pareil pour se servir de l’architecture du bâtiment et sa géométrie parfaite pour travailler au mieux les contrastes d’un très beau noir et blanc que Daniel L. Fapp ne se fait pas prier de sublimer, rendant ainsi hommage à l’esthétisme du Film Noir. La scène du métro aérien est elle aussi un beau moment de gestion du suspense avec son ballet de policiers montant et descendant de la rame au cours de la filature d’un suspect.

Nous retrouvons dans les rôles principaux William Holden (SabrinaBreezyLa Tour Infernale…) dans le rôle du taciturne lieutenant Callhoun, une Nancy Olson (Boulevard du Crépuscule…) sans réelle présence et un Barry Fitzgerald (Le Vaisseau FantômeL’Homme Tranquille…) qui cabotine quelque peu. Seule Jan Sterling (Même les Assassins Tremblent1984…) en femme abandonnée par son ravisseur de mari se détache d’un casting de qualité mais sans réel relief.

Une gestion de l’espace parfaite, une réalisation au cordeau et une interprétation somme toute méritante font de Midi, Gare Centrale un très bon divertissement.

Edition blu-ray :

Sidonis Calysta nous propose de (re)découvrir ce film hautement recommandable dans des conditions quasi optimales. Car à l’exception d’une ou deux scènes en très léger retrait, le master présente un très beau noir et blanc, un niveau de détail poussé et un grain maîtrisé où surnagent quelques défauts de pellicule. La bande-son, vo ou vf, fait la part belle aux ambiances et fait parfaitement ressortir le brouhaha commun à toutes gares, quitte à déstabiliser un temps le spectateur.

Coté bonus, trois présentations signées François GUERIF, Patrick BRION, Bertrand TAVERNIER sont disponibles.

A retrouver en dvd ici et en bluray ici

Fiche technique :

  • Réalisation : Rudolph Maté
  • Scénario : Sydney Boehm
  • Photographie : Daniel L. Fapp
  • Montage : Ellsworth Hoagland
  • Musique : Heinz Roemheld
  • Genre : Film Noir
  • Pays : États-Unis
  • Durée : 81 minutes

3 thoughts on “Midi, Gare Centrale (Union Station)

    1. A mon sens, un des meilleurs films noirs proposés dans le coffret de chez Sidonis. Ce sera une bonne acquisition, d’autant que les nouvelles jaquettes sont très belles!

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :