Mississippi Burning

Mississippi Burning

Synopsis : Eté 64. Deux agents fédéraux, aux méthodes diamétralement opposées, enquêtent sur la disparition de trois jeunes militants pour les droits civiques dans l’État du Mississippi alors sous la coupe du Ku Klux Klan.

Critique : Au cours de l’été 1964, le mouvement pour les droits civiques lance dans l’État du Mississippi une campagne visant à faire inscrire un maximum d’afro-américains sur les listes électorales. Cet événement, connu sous le nom de Freedom Summer, est organisé par le SNCC (Student Nonviolent Coordination Committee) et le COFO (Council of Federated Organization). C’est dans cette période de fortes tensions que James Chaney, Andrew Goodman et Michael Schwerner sont envoyés par le COFO enquêter sur l’incendie de l’église de Mount Zion située dans le comté de Boone par des membres du Klan. Ils disparaissent après avoir été interpellés le 21 juin par des policiers et placés en garde à vue dans la prison du comté de Neshoba. Leurs corps sont découverts 44 jours plus tard par des agents fédéraux en charge du dossier. Sur les 18 personnes poursuivies dans le cadre de cette affaire seules 7 sont condamnées à des peines de prison (maximum 10 ans). En 2005, le principal commanditaire des meurtres est condamné à trois fois 20 ans. Il décède à l’âge de 90 ans au pénitencier du Mississippi.

En 1988, Orion Pictures (C’était DemainTerminatorRobocop 1/2/3AmadeusPlatoonDanse avec les Loups…) décide d’adapter sur grand écran ce fait divers ayant défrayé la chronique de l’époque. Le scénario est confié à Chris Gerolmo (Rien à PerdreCitizen X…) tandis que le très engagé Alan Parker est chargé d’en assurer la réalisation. Après avoir écrit quelques scénarios, ce dernier se lance dans la réalisation en 1976 avec Bugsy Malone avant de connaître la consécration avec Midnight Express. Après un court intermède fait de films ayant pour sujet la musique (FameThe Wall) et un film noir (Angel Heart), il retourne au cinéma engagé avec Mississippi BurningBienvenue au Paradis (ségrégation) et La Vie de David Gale (peine de mort).

Alan Parker nous donne à être les témoins d’une guerre que se livrent les autorités, clairement mises sous pression par les différentes associations de défense des droits, et une partie de la population majoritairement sudiste enfermée dans un art de vivre d’un autre temps. Dès le générique, le décor est posé. Séparation entre les blancs et les noirs dans les lieux publics, incendie par le Klan d’églises fréquentées par la communauté afro-américaine, photos de lynchage où sont parfois visibles des membres des forces de l’ordre… Dans la chaleur moite du Sud, la population blanche vomit sa haine de l’autre, qu’il soit noir, de l’État voisin ou plus simplement du nord de leur propre comté. La caméra fixe de Parker s’attarde sur les visages de ses acteurs et de sa figuration criante de véracité et sur des paysages mornes aux couleurs fades comme passées où survivent dans des taudis les laissés pour compte de la société.

De fait, le film possède une certaine langueur qui s’avère très vite fausse tant la violence sous-jacente peut éclater à n’importe quel moment en réponse à ce qui est faussement perçue comme une attaque, une invasion d’étrangers à la « communauté ». Et pour Parker, toute les couches sociales sont gangrenées par le Mal. Du Maire de la ville défendant les valeurs du Sud au riche entrepreneur membre éminent du Klan en passant par les forces de l’ordre, considérées au mieux comme fermant les yeux sur les exactions perpétrées au pire comme parties prenantes dans le KKK. La communauté noire nous est, elle, présentée comme enfermée dans son passé d’esclavagisme, incapable de se rebeller efficacement contre l’ordre établi et mise sous pression constante par des extrémistes de tous bords.

En plus de dénoncer un racisme encore profondément ancré dans le pays où il œuvre, Alan Parker s’attaque de manière frontale aux médias leur reprochant implicitement de donner la parole aux extrêmes, leur permettant ainsi de partager au plus grand nombre leur idéologie.

Malgré la victoire de la Justice, le constat est amer. Les mentalités n’ont guère changé dans un pays où le white power a encore de beaux jours devant lui.

La grande force du film réside également dans l’interprétation fiévreuse de Willem Dafoe et de Gene Hackman, préféré pour le rôle à Brian Dennehy, enquêteurs antinomiques de par leur physique, leur éducation et leur façon d’appréhender leur travail. Le premier est issu d’une famille que l’on peut deviner aisée, jouissant d’une solide éducation, s’évertuant à faire son travail en respectant stricto sensu les lois qu’il est chargé de faire respecter et surtout, dans le cas présent, défendant une cause qui lui semble juste. Le second est plus rustre mais aussi plus en phase avec la population de ce coin perdu du sud des États-Unis (il est l’ancien shérif d’une commune du Mississippi), ses méthodes de travail faites de menaces et de violences diffèrent de celles de son collègue et son opinion sur l’enquête est loin d’être tranchée. De ces fortes différences naît une complémentarité nécessaire à la résolution de l’affaire que les deux acteurs restituent avec talent. Le reste du casting est au diapason des deux têtes d’affiche. Brad Dourif en policier lâche embrassant les idées du Klan, Frances McDormand touchante en femme battue et bien plus respectueuse que son mari, Michael Rooker en beauf raciste et R. Lee Ermey en vindicatif maire sont tous parfaits et rendent encore plus crédible cette atmosphère poisseuse du Sud profond.

Grâce à une réalisation collant au plus près de la réalité des faits et à une interprétation de très grande qualité, Alan Parker nous délivre un puissant pamphlet contre le racisme et signe là un véritable chef-d’œuvre!

Édition Blu-ray :

L’Atelier d’Images nous propose un bluray de qualité doté d’un master vierge de tout défaut, à la colorimétrie parfaite. Gros plans sur les visages très détaillés. Du fourmillement est à déplorer sur les aplats en intérieur, mais rien de bien rédhibitoire. Les différentes bandes-sons, claires et puissantes, font la part belle aux ambiances et à la très belle musique.

Côté bonus, nous sommes gâtés avec une interview d’Alan Parker par Jean-Pierre Lavoignat et Christophe d’Yvoire, les coulisses du tournage, une interview de Willem Dafoe (En souvenir de Mississippi Burning), une seconde interview d’Alan Parker (A travers la tempête), une interview de Chris Gerolmo (Etat de siège), la bande-annonce originale et un module découverte avec les bandes-annonces de Ragtime de Milos Forman avec James Cagney et Moses Gunn et de La Main Droite du Diable (Betrayed) de Costa-Gavras avec Tom Berenger et Debra Winger.

Mississipi Burning est à retrouver ici

Fiche technique :

  • Réalisation : Alan Parker
  • Scénario : Chris Gerolmo
  • Montage : Gerry Hambling
  • Production : Frederick Zollo et Robert Colesberry
  • Photographie : Peter Biziou
  • Musique : Trevor Jones
  • Société de production : Orion Pictures
  • Genre : Drame
  • Pays : Etats-Unis
  • Durée : 128 minutes

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