Mort à l’Arrivée (D.O.A.) de Rudolph Maté

Mort à l’Arrivée (D.O.A.) de Rudolph Maté

Synopsis :

Frank Bigelow, expert-comptable, se rend dans un commissariat afin de dénoncer un assassinat, le sien !

Critique :

A l’origine de cette sombre histoire, deux scénaristes, Clarence Greene (La Première Balle Tue) et Russell Rouse (New York Confidentiel), dont les carrières seront intimement liées, le premier produisant les films du second, sans parler du fait que les scénarios de ces derniers seront l’œuvre des deux hommes. Dans le cas de Mort à l’Arrivée, ils se contenteront du script, laissant la production aux frères Harry M. et Leo C. Popkin (Impact), celui-ci se laissant aller parfois à la réalisation en compagnie de … Russell Rouse (Le Puits). On l’aura compris, une telle complicité entre les quatre hommes ne pouvait qu’accoucher d’une réussite formelle.

La réalisation de Mort à l’Arrivée est confiée à Rudolph Maté. Si vous suivez le site depuis ses débuts, voire si vous me suivez sur Facebook ou Twitter, vous avez dû constater que je voue un culte, peut-être exagéré, à son efficace Midi, Gare Centrale qui sortira la même année que le film qui nous intéresse aujourd’hui. Culte également au roman de Thomas Walsh qui me pousse à acheter les différentes éditions publiées. Mais je m’égare…

Curieux film que ce Mort à l’Arrivée ! Débutant par un générique sous forme de long plan séquence où la caméra filme de dos un Edmond O’Brien qui traverse les longs couloirs déserts d’un commissariat jusqu’au bureau des homicides pour annoncer aux inspecteurs présents qu’il a été assassiné, Rudolph Maté brise le ton de son film, sombre jusqu’ici, pour verser dans le mélodrame puis le vaudeville. Cette rupture, qui occupe le premier tiers du film, est surprenante dans son traitement car elle n’amène finalement que peu d’éléments aux évènements qui vont suivre. Si le mélodrame a pour lui de justifier le déplacement de Bigelow à San Francisco, la partie vaudeville reste quelque peu maladroite et ne sert finalement qu’à nous révéler l’endroit où il sera empoisonné. Cette partie est bien trop longue, à peine sauvée par un très bon morceau de jazz, d’autant plus qu’elle est handicapée par un drôle de choix sonore lorsque notre héros croise une belle femme (une sorte de wiz digne de Tex Avery). Mais heureusement, très rapidement, le film bascule à nouveau dans les fondamentaux du film noir classique.

Mort à l’Arrivée est pour l’essentiel un long flashback qui trouve son origine et sa conclusion dans les bureaux des homicides du commissariat de police. Hormis le premier tiers qui n’entre pas dans les canons du genre, le reste est un exemple parfait de gestion du temps, de l’espace et des péripéties. Ramassé sur lui-même, le récit va dès lors prendre une tournure qui souligne l’urgence de la situation. Le héros se sait condamné et, cherchant à comprendre pourquoi il a été empoisonné, passe d’un suspect à un autre, progressant rapidement dans sa quête de vérité. Ses seuls moments de répit seront ses échanges avec Paula, sa secrétaire, qu’il aime sans oser le lui avouer. Maté recherche ici l’efficacité à tout prix, allant même jusqu’à filmer une scène de fuite en caméra discrète au milieu de la circulation et des badauds qui fourmillent sur les grands boulevards de Los Angeles. Mais cette efficacité peut être à double tranchant.

Frank Bigelow, se sentant malade, consulte un médecin qui lui annonce son décès prochain par empoisonnement. Ne voulant le croire, il consulte un second docteur qui arrive au même diagnostic et va jusqu’à lui préciser qu’il a ingéré à son insu de l’iridium. Et de lui présenter ce même iridium sous sa forme liquide (pour rappel, l’iridium est un métal) et, test à l’appui, luminescent dans le noir. De fait, le spectateur est en droit de se demander comment, Bigelow n’a rien remarqué puisque cette toxine a été versé dans son verre de bourbon alors qu’il se trouvait en charmante compagnie au Fisherman Club. Il s’interrogera également sur une progression peu visible de l’empoisonnement de la victime qui se plaint finalement fort peu de douleurs que les spécialistes lui ont pourtant promis. Son décès semblant finalement arriver un peu brutalement comme pour clore une histoire qui n’a plus rien à dire.

Edmond O’Brien (Le Voyage de la Peur, Bigamie) nous livre une prestation de qualité même si sa gestion du mal dont il souffre semble quelque peu légère. Il n’en demeure pas moins crédible et parvient à partager avec le spectateur le sentiment d’urgence qui l’habite. Face à lui, Pamela Britton (La Clé sous la Porte) lui donne le change honnêtement tout comme le reste d’un casting professionnel. Mais il est un acteur, un second rôle, qui sort du lot, Neuville Brand (La Brigade des Stupéfiants). Il incarne ici un tueur sadique, difficilement gérable qui semble entretenir avec son « patron » une relation que l’on pourrait taxer pour l’époque d’équivoque et marque ainsi les esprits.

Bien qu’imparfait, Mort à l’Arrivée est un divertissement de tout premier ordre où Rudolph Maté fait parler un sens de l’efficacité et du timing au seul service d’un film noir à la conclusion inéluctable.

Edition dvd :

Aux éditions Bach Films, Mort à l’Arrivée nous est présenté dans un master restauré depuis le négatif d’origine. Et force est de constater que le résultat n’est pas à la hauteur d’attentes forcément légitimes. Le noir et blanc est pâle, sans réel relief, l’image présente quelques imperfections. La bande son, uniquement proposée en version originale avec ou sans sous-titre, est clair mais peu puissante. C’est clairement pas folichon mais n’empêche en rien de profiter du spectacle proposé, si l’on est pas trop regardant.

Petit making-of consacré à la restauration du film.

Fiche technique :

  • Réalisation : Rudolph Maté
  • Scénario : Russell Rouse et Clarence Greene
  • Photo : Ernest Laszlo
  • Musique : Dimitri Tiomkin
  • Montage : Arthur H. Nadel
  • Pays : États-Unis
  • Genre : Film noir
  • Durée : 83 minutes

One thought on “Mort à l’Arrivée (D.O.A.) de Rudolph Maté

  1. Rudolph Maté est en effet un excellent réalisateur, surtout dans le « noir ». C’est d’ailleurs une des sources d’inspiration de Melville. « Le samourai » doit beaucoup à « Union Station ». DOA est aussi très bien

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