Non Coupable

Non Coupable

Synopsis :

Le docteur Ancelin, alcoolique et décrié par tous, provoque un accident au cours duquel un motocycliste trouve la mort. Après qu’il ait maquillé les lieux, il se tient informé des résultats de l’enquête et constate qu’à aucun moment il n’est inquiété. Une révélation au sein de son couple va le faire basculer de nouveau dans le crime.

Critique :

A l’origine du projet, la société de production Les Films Ariane, fondée en 1945. De nombreux réalisateurs (Jean Cocteau, Philippe de Broca, Claude Miller) et stars (Michel Simon, Jean Gabin, Philippe Noiret, Annie Girardot…) travailleront pour cette société qui se verra distribuée en ’64 par United Artists.

Au scénario, nous retrouvons un habitué des planches, Marc-Gilbert Sauvajon, qui après un passage par le monde du journalisme, devient auteur et metteur en scène de théâtre. Ce touche à tout mène de front une seconde carrière, au cinéma cette fois-ci, comme scénariste et dialoguiste. C’est ainsi qu’en 1947, il signe le scénario de Non Coupable, fable sur le désir de vengeance et de reconnaissance.

Pour assurer la réalisation, le studio fait appel à un Henri Decoin au parcours peu commun. Après s’être illustré en natation, discipline pour laquelle il remporte deux championnats de France, et en water-polo au sein de l’équipe nationale, il obtient la Légion Étrangère pour faits d’armes durant la première guerre mondiale. A l’issue du conflit, attiré par l’écriture, il devient journaliste sportif pour le compte de trois quotidiens dont Paris-Soir, tout en gérant deux salles de boxe. Cet univers lui inspirera le récit Quinze Rounds qui le fera remarquer par la profession. En 1933, après avoir officié comme scénariste, il passe à la réalisation (Toboggan) avant de faire la connaissance de Danielle Darrieux avec qui il s’envole pour les États-Unis. Il y signe un contrat avec Universal Pictures et trouve là l’occasion de s’imprégner de techniques qu’il n’aura de cesse d’appliquer après son retour en France avec des titres comme Retour à l’Aube et Non Coupable, titre rappelant fortement Simenon, auteur qu’il adaptera avec Les Inconnus dans la Maison et La Vérité sur Bébé Donge.

Non Coupable est avant tout le portrait d’Ancelin, médecin alcoolique honni d’une population locale qui a perdu toute confiance en lui, un homme qui se hait profondément. Il a bien sûr encore quelques « adeptes » mais ces derniers ne le sont que par intérêt. Comme cette mère qui lui fait visiter son enfant malade car il est arrangeant sur les prix mais lui demande de faire confirmer son diagnostic par l’un de ses éminents confrères. Les notables de la ville adoptent eux des comportements différents, oscillant entre désintérêt, politesse distante et moquerie déguisée. Sa consommation excessive d’alcool lui apporte nombre de railleries notamment de la part d’un couple de tenanciers du bar qu’il fréquente assidûment. Tous ont néanmoins un point commun. Reconnaître qu’Ancelin est un brave homme. Et de tout cela, il en est conscient. Mais la haine qu’il se voue à lui-même fait qu’il accepte le traitement qu’on lui inflige et admet l’étiquette qui lui colle à la peau.

Henri Decoin, qui pour le coup anglicise son prénom en lui adjoignant un y en lieu et place du i, prend son temps pour décrire le personnage d’Ancelin et se sert de la compagne de ce dernier, Madeleine, pour nous faire découvrir les différents personnages et lieux de l’histoire. Les présentations effectuées, il va plonger notre médecin alcoolique dans la criminalité par la plus petite des portes, celle de l’irresponsabilité. Impliqué dans un accident mortel de la circulation routière, Ancelin va maquiller le lieu des faits pour tenter de se dédouaner aux yeux de la Justice. Et comme la victime est un voleur, cette dernière va vite se désintéresser de l’affaire, flattant sans le vouloir l’égo jusqu’ici bien endommagé du médecin. Enfin, il redevient quelqu’un! Et le réalisateur lui donne encore l’occasion de briller par l’entremise de Madeleine qui, obéissant aux caractéristiques du film noir, est inconsciemment à l’origine de drames dont elle finira elle-même par être la victime. Dès lors persuadé d’être un génie du crime et s’acceptant comme tel, il ne lui reste plus qu’à être ainsi reconnu par les autres pour avoir l’impression d’exister. Mais sa réputation est bien trop ancrée dans l’esprit des habitants et des autorités pour qu’il fasse illusion. S’accusant des meurtres, en état d’ébriété, il sera repoussé plus ou moins poliment par ses concitoyens le ramenant ainsi à l’échec de sa vie.

A cet instant de Non Coupable, deux fins existent.

La première, finalement retenue, voit le médecin se suicider après avoir écrit une lettre où il s’accuse des faits et adressée au procureur dans une ultime tentative de reconnaissance. Par un coup du Destin, son chat fera tomber la lettre dans le feu de la cheminée le condamnant pour l’éternité à n’être qu’Ancelin le médecin ivrogne. Un vie ratée accouche d’une mort ratée.

La seconde, voulue par la production, nous présente Ancelin, ivre et endormi, dans son bar habituel. Réveillé par Madeleine, il prend conscience que tout cela n’était qu’un rêve. Jurant de ne plus jamais boire, il brise sa bouteille d’alcool et s’en va aux bras de Madeleine. Bien trop légère, cette fin, ferait sortir le film du genre auquel il appartient désormais. Mais elle peut également se concevoir grâce à la photographie de Jacques Lemare qui, à de nombreuses occasions (l’accident, l’habitation d’Ancelin, la course éperdue de Madeleine à travers les bois), baigne Non Coupable dans une atmosphère fantastique alors en vogue dans les années ’40.

Autant se l’avouer immédiatement. Le temps de présence à l’écran de Michel Simon (Le Train, Le Bateau d’Émile), sa prestance, sa stature ne laissent que très peu de place au reste du casting. Dévorant littéralement l’écran, il habite avec toute l’excentricité qu’on lui connaît son personnage. A la limite de la caricature, il le rend tellement humain qu’une certaine empathie naît chez le spectateur pour ce « criminel ». Du coup, les autres acteurs, au premier rang desquels Jany Holt (Le Gantelet Vert de Rudolph Maté), George Bréhat (Guerre et Paix), Jean Debucourt (Maigret Tend un Piège), Jean Wall (Ascenseur pour l’Échafaud) en sont réduits à n’exister que pour lui donner le change. Mais chacun campe son personnage avec talent et conviction évitant ainsi au film l’écueil de la production n’existant que par et pour une seule star.

Henri Decoin signe avec Non Coupable un vrai film noir, portrait d’un homme médiocre qui trouve dans le meurtre une raison d’exister. Sa réalisation utilisant au mieux une photographie inquiétante flirte plus d’une fois avec le fantastique. L’interprétation de Michel Simon finit de faire du film une belle réussite du genre.

Edition blu-ray :

Coin de Mire nous propose, avec cette édition, de découvrir Non Coupable dans les meilleurs conditions qui soient au vu du matériau de base. Comme cela est indiqué sur le blog de l’éditeur, par ici, était en très mauvais état et un vrai travail de restauration a été nécessaire pour arriver au résultat que nous connaissons. Si l’image connaît des baisses de définition, elle reste malgré tout parfaitement lisible, le noir et blanc est parfaitement géré rendant ainsi hommage au travail de Jacques Lemare (125, rue Montmartre) sur la photographie. La piste sonore est claire, puissante et sans souffle.

En terme de bonus, nous sommes en terrain connu avec le journal de la 39ème semaine de 1947, la bande-annonce de La Chartreuse de Parme de Christian-Jaque, et les publicités pour Bas « merci », Newfrigor De Crosley, Biodobin, Cire le drapeau et Gandukor. A noter la présence, après le générique de fin, de la fin alternative.

Non Coupable est disponible au sein de la collection La Séance Prestige ici

Fiche technique :

  • Réalisation : Henri Decoin
  • Scénario et dialogues : Marc-Gilbert Sauvajon
  • Photographie : Jacques Lemare
  • Musique : Marcel Stern
  • Montage : Annick Millet
  • Pays  France
  • Genre : Drame criminel
  • Durée : 95 minutes

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