Nous Avons Gagné Ce Soir (The Set-Up)

Nous Avons Gagné Ce Soir (The Set-Up)

Synopsis : Bill « Stocker » Thompson est un boxeur en fin de carrière n’ayant jamais véritablement percé. Devant rencontrer un jeune boxeur plein d’avenir, il reste persuadé qu’il est capable de gagner. Mais plus personne ne croit en lui, ni sa femme qui tente en vain de le dissuader de combattre ni son entraîneur qui a « acheté » sa défaite au profit de la Pègre.

Critique : Robert Wise aura connu toutes les strates de l’industrie du cinéma. S’installant en Californie avec sa famille au moment de la Grande Dépression, il est engagé par la RKO comme coursier en 1933. Dès 1939, il devient monteur pour le studio et travaille pour les plus grands comme William Dieterle pour Quasimodo ou Orson Welles sur Citizen Kane. Il passe à la réalisation en 1943 pour La Malédiction des Hommes Chats en remplacement de Gunther Von Fritsch. C’est donc fort d’une expérience certaine que Wise devient l’un des plus grands réalisateurs de sa période.

En 1949, Art Cohn, journaliste sportif, adapte un poème de Joseph Moncure March intitulé The Set-Up narrant l’histoire d’un boxeur noir qui vient de sortir de prison refusant de se coucher lors de son prochain combat. Le rôle principal est confié à Robert Ryan dont la carrière, débutée neuf ans auparavant, lui a permis d’être dirigé par les réalisateurs parmi les plus célèbres (Cecil B. DeMille, Edward Dmytryk Fred Zinnemann ou Edward Dmytryk). Audrey Totter (Le Facteur Sonne Toujours Deux Fois, Pacte avec le Diable…), Alan Baxter (Rendez-vous avec la Mort…) et George Tobias (Sergent York…) complètent le casting.

Nous Avons Gagné Ce Soir bénéficie du savoir-faire sans faille de Wise et le spectateur s’en rend compte dès les premières images. Après un générique où l’on assiste à un combat entre deux boxeurs uniquement filmés au niveau des jambes, Wise se fend d’un travelling avant qui illustre le cynisme qui va habiter le métrage. En effet, la caméra nous rapprochant de l’Arena, où se déroulent les combats du soir, croisent deux immenses néons au nom évocateur, Paradise City et Dreamland, ainsi qu’une grande horloge de rue marquant 09h10 pm (détail qui a son importance, mais j’y reviendrai plus tard). « Paradis » et « rêve » ne font généralement pas bon ménage avec les thèmes du Film Noir.

Avant d’entrer dans l’Arena pour se préparer à son combat, Stocker tente de convaincre sa compagne de l’accompagner afin de le soutenir mais cette dernière refuse. Loin du cliché de brute qui colle souvent à la peau des boxeurs, Ryan habille son personnage d’une profonde humanité qui se révélera encore plus lors de la scène du vestiaire. Cette dernière est parfaitement menée et Wise démontre encore une fois toute sa science du montage. En effet, filmer une dizaine de personnages dans un espace clôt, gérer les entrées et sorties de chacun, mener des dialogues ciselés sans oublier de fixer l’attention du spectateur sur le héros qui surveille depuis la fenêtre de la pièce sa chambre d’hôtel au cas où sa compagne changerait d’avis et viendrait le rejoindre, le tout sans se fourvoyer, relève de la gageure, finalement réussie haut la main.

Le combat quant à lui est parmi l’un des mieux filmés qu’il m’ait été donné de voir. Tourné au moyen de trois caméras, dont l’une à l’épaule, le spectateur se retrouve soit sur le ring avec les combattants, ressentant la pression du combat et la force des coups reçus, soit dans le public vivant intensément les réactions des spectateurs. Sans que le rythme n’en soit nullement altéré. Au vu du déroulé du combat et des regards de Ryan sur le siège vide réservé normalement à son épouse, on ne peut s’empêcher de penser que Sylvester Stallone ait été fortement influencé par ce film lors de l’écriture de son Rocky. Il est également important de noter que Robert Ryan livre une prestation crédible dans son rôle de boxeur comme s’il avait pratiqué le noble art, contrairement à d’autres acteurs qui se sont révélés médiocres dans l’exercice…

La dénonciation de la corruption présente dans le monde de la boxe ne semble pas la préoccupation première de Wise qui la traite comme si cela était une chose entendue, que tout le monde connaît et accepte. Plus Dure Sera la Chute appuyait beaucoup plus fort sur ce qui gangrène ce sport.

Retour au début du film. L’une des premières images du film est ce travelling avant sur l’entrée de l’Arena au cours duquel nous croisions une horloge. La dernière image du film est un traveilling arrière, exact opposé du précédent. Et cette fois-ci l’horloge marque 10h20 pm. Une heure dix s’est écoulée soit la durée exacte du film. Robert Wise a été l’un des premiers à tourner un film en temps réel et c’est d’autant plus remarquable qu’il relève le défi haut la main.

Véritable sous-genre cinématographique, le film de boxe trouve en Nous Avons gagné ce Soir son mètre étalon grâce à une réalisation et un montage inspirés sans parler de l’interprétation sans faille de Robert Ryan.

Edition DVD :

Nous Avons Gagné ce Soir est ici proposé par les Editions Montparnasse au sein de la collection RKO. Images en 4/3 au format 1:33, beau noir et blanc très lisible, présence de quelques points blancs sans conséquence. Pas de version française, version originale supérieure. Seul bonus, l’intéressante présentation de Serge Bromberg.

Fiche Technique :

  • Réalisation : Robert Wise
  • Scénario : Art Cohn
  • Montage : Roland Gross
  • Musique : Constantin Bakaleinkoff
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Film Noir
  • Durée : 70mn

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