On ne Joue pas avec le Crime (5 Against the House)

On ne Joue pas avec le Crime (5 Against the House)

Synopsis :

Par défi, quatre amis étudiants et la compagne de l’un d’eux décident de braquer le plus grand casino de Reno avant de s’enfuir en laissant le butin derrière eux. Mais rien ne se passe comme prévu.

Critique :

Originaire du Wisconsin, Jack Finney travaille un temps dans une agence publicitaire new-yorkaise avant de rejoindre la Californie avec femme et enfants. Nous sommes en 1950. Finney se lance dans l’écriture et publie cette même année une première nouvelle, The Third Level. Quatorze romans et cinq nouvelles suivront. Si son succès principal reste à ce jour Le Voyage de Simon Morley, Jack Finney reste pour beaucoup l’auteur de L’Invasion des Profanateurs (The Body Snatchers) adapté successivement par Don Siegel en 1956 (L’Invasion des Profanateurs de Sépulture), Philip Kaufman en 1978 (L’Invasion des Profanateurs), Abel Ferrara en 1993 (Body Snatchers, l’Invasion Continue) et Oliver Hirschbiegel en 2007 (Invasion). Mais aujourd’hui, c’est son premier roman qui nous intéresse, Five Against the House, édité en France sous le titre Néant à Roulettes, paru aux États-Unis en 1954 et adapté par Phil Karlson dès 1955.

Natif de Detroit, Stirling Silliphant est principalement connu pour avoir écrit pas moins de 700 heures de programmes télé récompensés de nombreux Emmys (Route 66, Naked City). Scénariste pour le petit écran mais aussi pour le grand. On ne Joue pas avec le Crime donc, Nightfall, La Ronde du Crime, Dans la Chaleur de la Nuit pour lequel il remporte le prix du meilleur scénario Edgar-Allan-Poe, Les Flics ne Dorment pas la Nuit, Tueur d’Élite ou L’Inspecteur ne Renonce Jamais sont à mettre à son crédit. Sans omettre le fait que Silliphant ait également occupé le poste de producteur notamment avec le film qui nous intéresse aujourd’hui. Pour la petite histoire, Silliphant était un ami personnel de Bruce Lee qui l’a initié au Jeet Kun Do. L’acteur martial ayant également tourné dans quelques unes de ses productions (Longstreet).

La réalisation est confiée à un habitué du film noir, Phil Karlson. Celui qui aura signé de véritables réussites du genre est encore de nos jours bien trop méconnu. Pourtant, Quentin Tarantino ne cache pas s’être inspiré de Le Quatrième Homme pour son Reservoir Dogs. Tout comme Steven Soderbergh avec Ocean Eleven directement inspiré de On ne Joue pas avec le Crime. Sans parler de Martin Scorsese qui n’a de cesse de louer son sens de l’efficacité et sa propension à créer un vrai sentiment de malaise au sein d’intrigues courtes et dégraissées jusqu’à l’os. Le monteur Jerome Thoms (Le Kimono Pourpre) et le cadreur converti à la photographie Lester White (Du Plomb pour l’Inspecteur) sont engagés par la production.

Dans les mains d’un autre, On ne Joue pas avec le Crime n’aurait pu être qu’un énième film de braquage sans véritable âme. Mais Phil Karlson n’est pas le premier réalisateur venu. Il est de ceux capable de tirer la quintessence d’un sujet apparemment simple. Et dans le cas présent, il le prouve une fois de plus. Loin de se fixer sur les préparatifs et sur le braquage en lui-même, Karlson va s’intéresser à ses personnages de manière subtile. Grâce à des dialogues ciselés, des regards, des attitudes, il réussit à faire ressentir aux spectateurs la profonde amitié qui unit les quatre jeunes hommes. Deux vétérans de la guerre de Corée, Al l’amoureux transi d’une chanteuse de cabaret et Brick amoureux de beaucoup de femmes, Roy le comique et enfin Ronnie, beau jeune homme riche, composent ce groupe hétéroclite. Un groupe tellement soudés que l’arrivée de la belle et blonde Kaye ne troublera en rien le quotidien de nos quatre comparses. Le ton du film est alors léger, les bons mots fusent, les situations sont cocasses, le romantisme de certaines scènes flagrantes. Le tableau peut paraître idyllique mais l’idée émise de sortir de l’ornière d’une voie toute tracée en se mettant en danger par jeu va révéler aux yeux de tous le mal qui ronge l’un des amis.

Phil Karlson s’y entend pour dramatiser une situation sans crier gare. Et c’est au cours d’une fête dans un restaurant huppé qu’il nous sera révélé la souffrance qui habite Brick. Un stress post-traumatique, ramené comme souvenir des combats en Corée, qui lui fait perdre tous sens des réalités. Seule l’intervention de Al l’empêchera de tuer un homme qui l’a bousculé. Sachant son ami souffrant, il tente de le raisonner et de le convaincre de retourner se faire soigner. Mais Brick est terrorisé à l’idée d’être à nouveau interné. L’idée émise par Ronnie de braquer par défi le plus grand casino de Reno arrive à point nommé. Se retrouver entre amis, se ressourcer, faire descendre la pression. Le plan est sans faille, la réussite de l’entreprise garantie. Un seul bémol, Al et Kaye ne sont pas mis immédiatement au courant du projet et, surtout, Brick ne s’est pas véritablement remis de sa dernière crise. La paranoïa l’habite. Le doute aussi. La peur d’échouer dans ses études, de se retrouver sans rien vont le faire se retourner contre ses amis de toujours et les obliger, sous la menace d’une arme, à véritablement voler la caisse du casino. Mine de rien Karlson vient d’aborder le thème encore tabou du retour au bercail de nombreux soldats traumatisés par ce qu’ils ont vécu au combat.

6 minutes. C’est le temps que doit durer le braquage. Ne nous voilons pas la face, on n’y croit pas une seule seconde. Il est évident que toute crédibilité a été balayée d’un revers de main par Karlson. L’efficacité prime sur tout. La séquence est filmée en temps réel. Le réalisateur capte la tension qui déforment les visages de nos quatre compère et de l’employé en charge de la recette retenu pour un temps contre son gré. Il faut dire que le danger peut surgir de partout. Des employé(e)s disséminé(e)s dans les salles mais également des surveillants qui scrutent depuis les combles l’attitude des joueurs et sont en mesure de répondre à la moindre sollicitation de leurs collègues. 6 minutes plus tard. Les amis sont dehors mais pas sauvés pour autant. Brick s’en prend à eux et fuit avec un butin qui ne devait pas quitter l’enceinte du casino. Al, l’ami de toujours, va se dresser entre un Brick aux abois, plus mal que jamais, et une police prévenue par Kaye dans un final poignant comme il faut, parfaitement géré par Karlson. Et de nous avoir fait passer par toutes sortes d’émotions.

Si l’amitié transpire autant à l’écran, c’est que le quatuor d’amis est lui on ne peut plus crédible. Guy Madison (La Charge des Tuniques Bleues), Karwin Mathews (Racket dans la Couture), Alvy Moore (Les Révoltés de la Cellule 11) et Brian Keith (Yakuza) livrent une prestation parfaite, faisant ressortir le caractère particulier de chacun de leur personnage. Mention spéciale pour Keith dont le jeu trouble apporte vraiment une plus-value à Brick. Kim Novak (Sueurs Froides), doublée dans son numéro chantée, incarne sans fausse note une femme indécise quant à ses sentiments. Petit rôle pour William Conrad (Les Tueurs, Raccrochez, C’est une Erreur), futur Cannon.

Par une science éprouvée de la mise en scène et une capacité à gérer les ruptures de ton, Phil Karlson permet à On ne Joue pas avec le Crime de se démarquer du commun des productions de l’époque. Un très agréable et intelligent divertissement à ne pas manquer.

Edition dvd :

Sidonis Calysta nous présente On ne Joue pas avec le Crime dans des conditions de visionnage quasi optimales. A l’exception d’un peu de fourmillement sur certains aplats (décor ou vêtements), le master est parfait à tous les niveaux. Un noir et blanc parfaitement géré, un niveau de détail élevé, c’est du tout bon. La bande-son, uniquement en version originale sous-titrée français, est d’un très bon niveau et sait se montrer percutante quand il le faut.

Au rayon bonus, nous retrouvons les présentations de François Guérif et de Bertrand Tavernier.

On ne Joue pas avec le Crime est disponible à petit prix directement auprès de Sidonis Calysta en dvd ici.

Fiche technique :

  • Réalisateur : Phil Karlson
  • Scénario : Stirling Silliphant, William Bowers, John Barnwell
  • Montage : Jerome Thoms
  • Photographie : Lester White
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Film noir
  • Durée : 84 minutes
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2 thoughts on “On ne Joue pas avec le Crime (5 Against the House)

    1. C’est un réalisateur vraiment très intéressant mais qui a fini par être éclipsé par de plus grands noms. Pourtant son cinéma est synonyme d’efficacité tant au niveau de l’intrigue que de l’ambiance.

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