Panique dans la Rue (Panic in the Streets)

Panique dans la Rue (Panic in the Streets)

Synopsis : La Nouvelle-Orléans. A l’issue d’une partie de cartes qui tourne mal, un homme est assassiné. Le coroner en charge de son autopsie découvre que la victime était porteur de la peste pulmonaire. La police a 48 heures pour retrouver les meurtriers sous peine de voir l’épidémie se répandre à travers toute la ville.

Critique : Edward Anhalt, né en 1914 à New York, sert durant la seconde guerre mondiale dans une unité de l’Air Force, la First Motion Picture Unit ou FMPU, comme scénariste de documentaires sur les troupes combattantes. D’autres grands noms du cinéma ont également servi dans cette unité comme Clark Gable, William Holden ou le réalisateur John Sturges. A la fin de la guerre, il formera avec son épouse Edna Thompson Anhalt un célèbre duo de scénaristes, pour la Columbia Pictures et la Twentieth Century Fox, qui se verra récompensé en 1951 par l’oscar de la meilleure histoire originale pour Panique dans le Rue d’Elia Kazan et nominé l’année suivante dans la même catégorie pour L’Homme à l’Affût (The Sniper) d’Edward Dmytryk. En 1957, le couple divorce. Edna Anhalt quitte le métier alors qu’Edward signe les scénarios de Le Bal des Maudits (The Young Lions) d’Edward Dmytryk, de L’Etrangleur de Boston (The Boston Strangler) de Richard Fleischer ou encore de Jeremiah Johnson de Sydney Pollack.

Elia Kazan, alors âgé de 4 ans, émigre aux États-Unis avec toute sa famille en 1913 et s’installe dans le quartier grec de Harlem avant de s’installer à New Rochelle dans l’état de New York. A la fin de ses études qui se clôturent au Williams College de l’état du Massachussets, il suit des cours de théâtre à Yale avant de s’engager tout naturellement dans la vie théâtrale comme acteur puis comme metteur en scène. En 1934, il adhère au parti communiste mais en sera exclu en 1936. En 1940, il se tourne vers le cinéma et réalisera quelques classiques du 7ème art comme Un Tramway Nommé Désir (A Streetcar Named Desire) avec Marlon Brando, Sur les Quais (On the Waterfront) toujours avec Brando, À l’Est d’Éden (East of Eden) avec James Dean ou encore La Fièvre dans le Sang (Splendor in the Grass) avec Natalie Wood. Entendu par l’HUAC (Commission parlementaire sur les activités antiaméricaines), cédant à la menace de ne plus jamais pouvoir réaliser de film, il dénonce des gens du cinéma dont certains de ses amis au premier rang desquels le scénariste Dalton Trumbo (ExodusSpartacus,…).

La production de Panique dans la Rue a été plus que chaotique. En effet, dans les années ’50, les scénarios devaient être validés par le Motion Picture Production Code qui se basait sur le Code Hays et censurait tout ce qui était contraire à la morale. Intitulé à l’origine Port d’Entrée, le scénario temporaire de film est envoyé le 11 novembre 1949 à Joseph Breen, censeur à la MPPC. De nombreux échanges ont lieu entre lui et Jason S. Joy, directeur des relations publiques de la Twentieth Century Fox, concernant des changements à apporter à l’histoire. Ceux-ci portaient sur le fait que le personnage de Violet était trop apparenté à celui d’une prostituée, qu’aucun policier ne devait être tué de manière explicite et que le meurtre de Poldi ne devait pas être trop réaliste. Après 3 mois de courriers entre les deux hommes, la société de production abdique et apporte les changements voulus par Breen.

Dès lors, Panique dans la Rue peut-être vu de deux façons différentes. D’une part comme une chasse à l’homme et d’autre part comme une métaphore de la chasse aux sorcières qui sévissait alors aux Etats-Unis.

Porteurs de la peste pulmonaire pour avoir côtoyé puis tué un homme lui aussi malade, trois petits gangsters vont se retrouver traqués par la police. Ignorant tout de leur état de santé, le petit groupe va s’entre-déchirer pensant que l’un d’eux, Vince Poldi, détient quelque chose que les autorités recherchent, tout en fuyant désespérément la police. Cette dernière, un temps sceptique aux alertes d’un médecin, va finir par mettre tout en œuvre pour arrêter les trois hommes. Sujet simple pour un résultat garanti d’autant plus que le film est relativement court.

Remplacez maintenant les trois voyous par trois sympathisants communistes, la maladie par des idées politiques jugées dangereuses pour la Nation et vous obtenez une sorte de pamphlet sur la nécessité de traquer ceux que l’on considérait alors comme des ennemis de l’intérieur. A moins que Kazan ne se serve de ce média pour dénoncer en sous-texte les agissements de la Commission. Chacun se fera sa propre opinion! Le résultat est d’autant plus ambiguë que la réalisation est particulièrement efficace. Tourné en décor naturel sur les lieux mêmes du drame, Elia Kazan utilise pour la première fois la technique du plan-séquence, rendant les scènes particulièrement fluides. On pourrait cependant regretter la longueur de certaines scènes de couple entre Richard Widmark et Barbara Bel Geddes qui ont pour conséquence de faire quelque peu retomber la pression. Ces dernières n’apportant absolument rien au récit, la menace de la maladie pesant sur le héros étant intégrée par le spectateur dès le début du film, on se demande jusqu’à quel point ce personnage n’a pas été inclus pour apporter la touche féminine obligatoire dans une société où la cellule familiale tient autant de place. Quant à la course-poursuite final dans les entrepôts et sous les quais, elle est parfaitement découpée et maîtrisée de bout en bout.

Une dernière chose intéressante à relever est que Kazan ne fait pas de ses voyous des êtres abominables car en dehors du meurtre de Poldi, que l’on pourrait aller jusqu’à qualifier d’accidentel, les exactions de Palance et de sa bande ne sont en rien comparables à celles commises par Widmark dans Carrefour de la Mort pour ne citer que lui. Le premier meurtre est commis en état de légitime défense et il faudra attendre le moment où Palance se trouve acculé pour qu’il fasse feu sur ses poursuivants. De même, la police ne fait preuve d’aucune violence excessive, allant jusqu’à patienter tranquillement que Jack Palance tombe à l’eau lors d’une ultime tentative de fuite. Comme si la censure de l’époque cherchait à faire passer à la population un message de confiance en sa police.

Richard Widmark, en médecin tentant de faire prendre conscience aux autorités du danger majeur que représentent les trois hommes, et Paul Douglas en Capitaine de police un temps sceptique, forment un duo complémentaire comme on en retrouvera tant au cours des années ’80 dans les buddy movie. Mais entre le jeune loup et le vétéran, c’est bien Widmark qui crève l’écran de part son attitude un rien moqueur! Et que dire de Jack Palance? Débordant de charisme et de présence avec son visage taillé à la serpe, il imprime à son personnage une vraie dangerosité et le rend terriblement crédible. Mon seul regret sera que ces deux excellents acteurs n’aient pas de scène en commun. Entre le premier débordant de cynisme et le second de froideur, ça n’aurait pu faire que des étincelles!

Panique dans la Rue est le récit d’une chasse à l’homme plus ambiguë qu’elle n’en a l’air de prime abord laissant transparaître les idées politiques du moment du réalisateur. Servi par une réalisation sans faille, une propension à rendre le récit le plus crédible possible et une interprétation de haute tenue, voilà un film à (re)découvrir de toute urgence d’autant que le dvd signé Esc Distribution est de qualité!

Edition dvd :

Encore une très belle édition à mettre au crédit de Esc Distribution. L’ensemble est parfait, sans tâche ni dégât. Le grain est parfaitement géré. La bande-son est quant à elle fluide, sans souffle et parfaitement audible!

Côté bonus, nous avons droit à un documentaire de 25 minutes signé Olivier Père, « Panique dans la Rue – L’affirmation d’un cinéaste » ainsi que la bande-annonce originale du film.

Panique dans la Rue retrouver en dvd ici

Fiche technique :

  • Réalisation : Elia Kazan
  • Scénario : Richard Murphy et Daniel Fuchs
  • Photographie : Joseph MacDonald
  • Montage : Harmon Jones
  • Musique : Alfred Newman
  • Pays : États-Unis
  • Genre : Film Noir
  • Durée : 92 minutes

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