Pétrus avec Fernandel chez Coin de Mire

Pétrus avec Fernandel chez Coin de Mire

Synopsis :

Parce qu’il est atteint d’une balle qui ne lui était pas destinée, Pétrus se retrouve embringué dans une histoire de fausse monnaie et d’amour déçu.

Critique :

8 décembre 1933. Comédie des Champs-Elysées. Jour de première pour Pétrus, nouvelle pièce écrite par Marcel Achard. Les affres du premier conflit mondial ont laissé place à un élan artistique libérateur. L’entre-deux-guerres est bénéfique à cet auteur / acteur spécialisé dans le boulevard et la comédie musicale. Dans le rôle titre, Louis Jouvet (Quai des Orfèvres) qui, s’il ne débute sa carrière cinématographique qu’en 1933 avec Topaze, est déjà un vétéran sur les planches des théâtres qu’il arpente depuis 1908.

1946. Au lendemain du second conflit mondial. Marcel Achard retrouve Pétrus mais pour le cinéma, en signant les dialogues de l’adaptation signée Marc Allégret. Ce dernier, après avoir tourné un documentaire au Congo et mit fin à sa liaison avec André Gide, décide de se consacrer exclusivement au cinéma. Il dirige Fernandel (L’hôtel du Libre Echange), Raimu (Fanny) et fréquente Simone Simon (La Féline, La Malédiction des Hommes-Chats). Durant l’Occupation, il continue de travailler et se tourne vers la comédie. Après Pétrus, Allégret part tourner en Grande-Bretagne avant de poursuivre sa carrière en France et ce jusqu’en ’70. Le directeur de la photographie, Michel Kelber (French Cancan), un fidèle de Claude Autant-Lara, et le monteur Henri Taverna (Le Soleil des Voyous) se joignent à l’équipe technique.

Ce Pétrus m’était jusqu’alors totalement inconnu. J’avoue que de me pencher sur la filmographie de Fernandel ne m’a jamais réellement effleuré l’esprit. Oh je connais bien quelques titres de l’acteur ! Ceux usés jusqu’à la corde par de multiples rediffusions télévisées, comme la série des Don Camillo ou L’Auberge Rouge. Cette « allergie fernandalesque » remonte aussi loin que ma mémoire cinéphilique me le permet. Enfant, je ne supportais pas cet acteur au sourire démesuré et à l’accent chantant. Ni même ses personnages, à mes yeux si naïfs. Le temps ne fait rien à l’affaire comme disait Brassens. Cette aversion – les sentiments des enfants sont souvent exacerbés – a évolué au fil des ans vers une indifférence polie. Aujourd’hui encore, je reste toujours réticent à regarder un film avec le célèbre méridional.

C’est donc avec la plus grande circonspection que j’ai inséré la galette de Pétrus dans mon lecteur blu-ray. 1h35 plus tard d’un chassé-croisé amoureux sur fond de fausse monnaie, force est de constater que Fernandel ne me touche toujours pas et que Pétrus n’est pas la comédie annoncée ici et là. Pourtant, j’ai apprécié le film. Beaucoup. Et ce, pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, le ton du film m’a quelque peu surpris. Agréablement surpris. Je ne m’attendais pas à rire à gorge déployée mais au moins à sourire devant les facéties de Fernandel. Il n’en a rien été. Bien que le ton du film soit léger, les mésaventures amoureuses de Pétrus m’ont parues empreintes d’une vraie tristesse. Bien que cet homme aime d’un amour sincère la belle Migo, celle-ci ne nourrit pas les mêmes sentiments à son égard. Elle lui préfère Rodrigue, danseur mondain au Frou-Frou. Mais ce dernier, véritable bourreau des cœurs, s’amuse à faire autant tourner les têtes de ses partenaires que celles des jeunes danseuses de cabaret. Migo n’est que l’une d’elles à ses yeux. Par amour, Pétrus va payer le joli cœur pour qu’il le supplée auprès de sa désirée et la rendre heureuse. C’est ce que l’on appelle miser sur le mauvais cheval. Loin de toute mièvrerie, Marc Allégret choisi le tourment des sentiments, le sacrifice amoureux. Cet effacement, au profit du bonheur de l’autre, a pour conséquence inattendue de faire passer la tête d’affiche annoncée au second plan pour mieux s’intéresser à celui qui fait véritablement progresser l’intrigue, Rodrigue Goutari.

Et parlons-en de ce Rodrigue Goutari, puisque c’est finalement lui le véritable centre d’intérêt de Pétrus. Et non cet énième personnage labellisé Fernandel, trop gentil, trop serviable. Trop lisse. Rodrigue est affable, souriant. Il aime les femmes. Mêmes celles des autres. Ce dangereux batifolage le mènera à sa perte. Parce que faire la cour aux clientes du cabaret où il enflamme la piste de danse est une chose, faire du gringue à la femme de son patron en est une autre. D’autant plus lorsque celui-ci est un sanguin au patronyme très corse, Lucciani. A moins qu’il ne succombe sous les coups d’une main vengeresse féminine. L’intrigue de Pétrus n’existe que par les actions et réactions de ce personnage haut en couleur et interprété avec tant de présence et de prestance par Pierre Brasseur qu’il en éclipse totalement Fernandel.

Et si Rodrigue vit dangereusement en butinant de-ci de-là, une autre de ses activités pourrait bien lui être fatale. Lucciani, notre patron corse, arrondit ses fins de mois en dirigeant une organisation criminelle qui donne dans le faux-monnayage en sous-sol. On relance l’économie souterraine comme l’on peut en cet après-guerre si durement acquis. La police n’est pas très loin. Le commissariat et son poêle à bois central, si cher à Simenon, est le lieu de rencontre de tous les oiseaux de nuit de Pigalle. On y voit le retour de patrouilles au sortie d’une descente dans tel ou tel boui-boui. Un inspecteur, au visage taillé à coups de serpe, rode, prêt à fondre sur sa proie à la moindre occasion. Pétrus commence et se clôt dans ce qui pourrait être considéré comme le centre du village. Parce que Pigalle est un quartier à part à Paris. Comme la Butte Montmartre. Et jamais les caméras de Marc Allégret ne sortiront de ses frontières. L’occasion pour le réalisateur de s’attarder le long du zinc d’un bistrot ou dans une boucherie tenue par une auvergnate du nom de Portal. Fierté.

Je n’apprécie pas plus les films avec Fernandel. C’est un fait. Mais Pétrus et ses amours contrariés, sa criminalité en col blanc, son Paris pittoresque aujourd’hui disparu, a finalement emporté mon adhésion. Découvrez ce Pétrus sans attendre d’autant plus que l’édition signée Coin de Mire Cinéma est une fois de plus de qualité.

Edition blu-ray :

Coin de Mire Cinéma nous propose de (re)découvrir Pétrus dans des conditions quasi optimales. Si le générique de début, avec ce plan fixe de nuit, manque quelque peu de définition, la qualité à laquelle nous sommes habitués avec l’éditeur est bel et bien au rendez-vous. Master exempte de tout défaut, grain parfaitement géré, niveau de détail élevé, tout y est. La bande-son fait la part belle à la musique de Joseph Kosma (), aucun souffle n’est à déplorer et les dialogues restent intelligibles. Si ce titre ne fait pas partie des restaurations les plus admirables, nous avons là encore une très belle édition à mettre au crédit de Coin de Mire Cinéma.

En guise de bonus, nous sommes en terrain connu avec 1 livret 24 pages reproduisant des archives sur le film, la reproduction de 10 photos d’exploitations cinéma sur papier glacé, la reproduction de l’affiche originale, les actualités d’époques, les réclames publicitaires d’époque et un film annonce.

Pétrus est disponible directement auprès de Coin de Mire Cinéma ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : Marc Allégret
  • Adaptation : Marcel Rivet et Marc Allégret
  • Images : Michel Kelber
  • Musique : Joseph Kosma
  • Montage : Henri Taverna
  • Pays  France
  • Genre : Comédie policière
  • Durée : 95 minutes
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One thought on “Pétrus avec Fernandel chez Coin de Mire

  1. Pas de quoi soigner une allergie à Fernandel, mais un film à voir pour d’autres raisons si je comprends bien. J’avoue que je ne connaissais pas du tout ce film de Marc Allegret. C’est un réalisateur que je connais très mal, que je confond d’ailleurs souvent avec son frère Yves, réalisateur de « manège » ou « Dédé d’Anvers ». On est loin de Fernandel.

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