Police dans la Ville (Madigan)

Police dans la Ville (Madigan)

Synopsis : Deux policiers se font dérober leurs armes de service au cours d’une arrestation qui tourne mal. Leur hiérarchie leur accorde trois jours pour les retrouver sans quoi ils seront radiés.

Critique : « Le monde se sépare en deux catégories » comme dirait un certain Blondin. Dans le cinéma, il y a les (bons) faiseurs et il y a ceux qui transcendent le matériau d’origine. Don Siegel fait partie de cette dernière catégorie. Fort d’une expérience importante dans le Film Noir (Ça commence à Vera Cruz, Ici Brigade Criminelle, A Bout Portant…), il s’empare d’un roman signé Richard Dougherty, The Commissioner, pour nous livrer le trait d’union entre le Film Noir et le polar rugueux typique des années 70, Police sur la Ville. Pour ce faire, il s’entoure de vétérans aux filmographies impressionnantes comme Alexander Golitzen (Spartacus…), Russell Metty (Citizen Kane…) et des acteurs renommés comme Richard Widmark ou Henry Fonda et d’autres que l’on retrouvera régulièrement dans sa filmographie tel Harry Guardino (L’Enfer est pour les Héros, L’Inspecteur Harry) ou Don Stroud (Un Shérif à New-York).

La réalisation sèche de Siegel préfigure ainsi celle des films des années 70. Urbanisme crade, personnages filmés à hauteur d’homme, tournage en milieu ouvert. Tout y est avec deux ans d’avance. Et quel bonheur de visiter New York en compagnie de Widmark et Guardino jusqu’à Coney Island et sa célèbre grande roue (qui rappelle invariablement le final de The Warriors).

Les personnages n’échappent pas non plus à cette évolution. Jusqu’à présent, les flics du cinéma policier et du Film Noir (dans une moindre mesure due à l’omniprésence d’un Destin souvent funeste) étaient les garants de la loi et l’appliquaient stricto sensu. C’était là le désir des spectateurs de l’époque excédée par les exactions des hommes du crime organisé qui étaient passés du statut de bandits romantiques à criminels sans foi ni loi. Mais la société n’a de cesse d’évoluer et le pessimisme est de mise en ces années de guerre du Vietnam. Les criminels sont toujours aussi détestables et les tueurs psychotiques commencent à prendre une place prépondérante sur les écrans des cinémas.

Mais c’est du côté des policiers que l’évolution est la plus marquante. En effet, les flic ne sont plus aussi blancs que lors des années précédentes. Abandonnés par une hiérarchie qui les méprise et par une Justice qui ne semble pas les suivre, le policier est obligé de travailler sans cesse sur la corde raide, oscillant entre le Bien et le Mal dans un no man land de plus en plus flou. Madigan est le magnifique brouillon de ces flics des années 70. Employant des méthodes parfois douteuses, acceptant une corruption passive de la part de certains (les coups à boire à l’œil, les chambres de luxe payées par on ne sait qui…), on pourrait le croire ripou si Siegel ne nuançait son propos en en faisant un ardent défenseur de la loi et un homme mal à l’aise face à sa hiérarchie. Don Siegel dresse là le portrait d’un homme, avec ses failles, qui aiment son métier mais le fait à sa façon (et qui n’est pas plus mauvaise qu’une autre). Le réalisateur ira nettement plus loin dans le cynisme avec son personnage de l’inspecteur Harry Callahan.

La fin, brutale, refuse tout happy end facile et l’assaut verbal de la femme de Madigan contre le préfet de police clos un film engagé, plein de hargne. Les flics n’ont que peu d’avenir ce qui sera confirmé de façon magistrale quelques années plus tard par Richard Fleischer dans son Les Flics ne Dorment pas la Nuit (The New Centurions) avec Stacy Keach et Georges C. Scott.

Richard Widmark reprendra le rôle de Madigan dans une série télévisée de six épisodes de 70 mn. Comme à aucun moment Don Siegel n’a filmé le cadavre de Madigan (bien qu’aucun doute sur la mort du policier ne soit permis), les créateurs de la série ont situé les enquêtes résolues dans la série comme étant postérieures au film.

Edition bluray :

Elephant Films nous propose Police dans la Ville dans une édition de toute beauté. L’image, exempte de défaut, rend hommage à la photographie de Russell Metty (Citizen Kane, La Splendeur des Amberson…) et finit de nous faire découvrir dans le détail la ville de New-York. Les versions originales et françaises sont toutes deux de qualité.

Côté bonus, nous avons droit à un très intéressant documentaire signé Julien Comelli et Erwan Le Gac « Peur sur la Ville », des bandes-annonces et un galerie photos. Et toujours une jaquette réversible, idée excellente s’il en est, permettant de choisir entre l’affiche d’origine et une version plus récente.

Police sur la Ville est à retrouver ici

Fiche technique :

  • Réalisation : Don Siegel
  • Scénario : Henri Simoun et Abraham Polonsky
  • Montage : Milton Shifman
  • Musique : Dan Costa
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Néo-noir
  • Durée : 101 mn

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