Police Frontière (The Border)

Police Frontière (The Border)

Synopsis :

Charlie, policier américain muté à la frontière avec le Mexique, se heurte à la corruption de ses collègues alors qu’il tente de venir en aide à une jeune mexicaine et son bébé.

Critique :

Novembre 1980, Ronald Reagan est élu devenant ainsi le quarantième président des Etats-Unis. Républicain dans l’âme, il prend la décision de militariser à outrance la frontière mexicaine dans le but de combattre l’immigration irrégulière. Les drames humains ne feront dès lors que se succéder. Et il n’en fallait pas moins pour qu’un réalisateur aussi engagé que Tony Richardson ne se saisisse du sujet pour son Police Frontière.

Tony Richardson, ressortissant anglais, après des études de lettres, fait ses premiers pas dans le monde du 7ème art comme critique pour le magazine Sequence, spécialisé dans le cinéma d’auteur. C’est là qu’il fait la connaissance de Karel Reisz (Le Flambeur) avec qui il fonde, en collaboration avec Lindsay Anderson (If…), le Free Cinema ou Nouvelle Vague Britannique. En 1961, il part aux Etats-Unis où il réalise, pour la Twentieth Century Fox, Sanctuaire avec Lee Remick d’après William Faulkner. Mais rebuté par le système hollywoodien, il n’aura de cesse de faire des allers et retours entre les deux continents. C’est lors d’un de ses retours sur le sol américain qu’il s’attaquera à la réalisation de Police Frontière (The Border) au profit de Universal qui, pour le coup, s’associe avec la RKO.

Le scénario est confié à trois plumes célèbres de Hollywood. David Freeman, journaliste à ses heures, est principalement connu pour avoir travaillé avec Alfred Hitchcock sur un projet de film, The Short Night, qui ne verra jamais le jour suite au décès de ce dernier. Walon Green, également producteur pour la télévision, a à son actif les scripts de La Horde Sauvage de Peckinpah et du Convoi de la Peur de William Friedkin. Enfin, Deric Washburn, auteur de Silent Running, Voyage au Bout de l’Enfer et Extrême Préjudice, vient compléter l’équipe.

Dès les premières images, Tony Richardson balaye toute ambiguïté sur les raisons qui poussent des êtres à quitter leur pays. Et ce n’est pas par choix qu’ils agissent ainsi bien mais par nécessité. Victimes de leur naissance et du Destin, illustré ici un tremblement de terre, des milliers de mexicains sont jetés sur les routes par le besoin de pouvoir enfin vivre décemment. Coincé entre deux pays, le Mexique n’offre que peu de solutions à ses citoyens. Au sud, le Guatemala et au nord, les Etats-Unis. Attirés par le rêve américain, le choix était on ne peut plus évident.

Par petites touches, Tony Richardson nous montre la collusion entre des politiques souhaitant, pour des raisons électorales, que l’immigration soit combattue et des forces de l’ordre normalement chargées d’empêcher l’arrivée massive de clandestins mais qui en laissent passer certains afin qu’ils soient embauchés comme mains d’oeuvre à moindre coût par les riches propriétaires terriens. Cette politique ambivalente faite de passe-droits n’a pour conséquence que de créer un terrain propice à la corruption au sein de la police aux frontières.

Tony Richardson aborde le sujet de manière subtile et intelligente. Comme pour l’immigration, la corruption n’est pas innée mais est une solution, certes facile, à une situation donnée à un moment donné. Dans le cas du personnage de Nicholson, ce basculement dans l’illégalité vient d’une épouse dépensière et matérialiste attirée par le train de vie élevé des collègues de son mari. Nicholson répond à un besoin, celui de se remettre à flot financièrement, tout en détestant ce qu’il est obligé de faire. Mais le réalisateur ne met pas tous les membres de la police dans le même sac et reconnait de bonne grâce que certains font leur travail avec humanité. Aucune violence sur les migrants ne semble être de mise et les seuls à subir les foudres des policiers véreux sont les trafiquants de drogue.

Police Frontière profite également d’un très bon montage parallèle signé Robert K. Lambert (Le Convoi de la Peur). Ce type de montage permet à Richardson de comparer les vies des ses protagonistes et plus spécialement celle de la jeune mexicaine et de son bébé et celle de Nicholson et de son épouse. Lorsque la première souffre de la soif dans le désert, la seconde remplit son immense matelas à eau. Lorsque la première mange un morceau de pain partagé avec son frère, la seconde organise un barbecue géant avec tous les collègues et voisins de son mari. D’un côté une vie faite de privation, de l’autre une vie matérialiste dopée par la société de consommation.

Mais le drame social se double ici d’une intrigue policière digne des meilleurs polars (on pense souvent à Serpico pour sa dénonciation de la corruption policière). Bien que le film se déroule quasi exclusivement dans le désert, n’oublions pas qu’il débute à Los Angeles. Sans parler des éclairs de violence qui ponctuent le film et ce satané destin qui n’hésite pas à briser des vies, même celles des enfants.

Sortant tout juste de titres aussi emblématiques que Shining et Le Facteur Sonne Toujours Deux Fois, Jack Nicholson aborde son rôle de patrouilleur avec une sobriété bienvenue. Confronté à la pauvreté et à la corruption de certains de ses collègues, il parvient à faire évoluer son personnage avec un naturel confondant. Il pourrait bien s’agir là de son meilleur rôle. Face à lui, le toujours impressionnant Harvey Keitel, tour à tour charmant et dangereux, impose une présence qui ne le quittera plus tout au long de sa carrière et atteindra son paroxysme avec Bad Lieutenant. Il est toujours aussi agréable de croiser la route pour l’un de ses derniers rôles du vétéran Warren Oates (Dans la Chaleur de la Nuit), ici en chef de la police véreux. Les rôles féminins ne sont pas en reste avec Valérie Perrine, miss Teschmacher dans Superman, ici d’une bêtise confondante et la très belle Elpidia Carrillo (Predator), vierge à l’enfant dans tout ce qu’il y a de plus pur et de plus beau.

Opposant deux mondes diamétralement opposés, Tony Richardson dresse le portrait d’une politique migratoire gangrenée par la corruption au travers de l’évolution de son personnage principal. Un constat amer et toujours d’actualité à ne pas manquer.

Edition bluray :

Rimini Editions nous propose de redécouvrir Police Frontière (The Border) dans des conditions tout à fait honorables. Après un générique compliqué dû à une compression difficilement maîtrisée, le reste du film présente un master exempt de tout défaut et se montre même particulièrement précis sur les gros plans et les scènes d’intérieur. Quelques plans flous sur les panoramiques. Les deux versions sonores sont parfaites, sans souffle et puissantes quand il le faut. Les chansons de Ry Cooder qui accompagnent le récit sont sublimes de restitution.

En bonus, un hommage à Tony Richardson.

Police Frontière est à retrouver en dvd ici et en bluray ici

Bande-annonce

Fiche technique :

  • Réalisateur : Tony Richardson
  • Scénario : David Freeman, Walon Green et Deric Washburn
  • Montage : Robert K. Lambert
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Néo-noir
  • Durée : 108 minutes

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