Prémonitions (Solace)

Prémonitions (Solace)

Synopsis :

Confronté à une vague de meurtres au modus operandi similaire, le FBI s’adjoint les services d’un ancien médecin capable de prémonitions par un simple toucher.

Critique :

1995. David Fincher dégoupille le sombre et nihiliste Seven, peinture cruelle de l’âme humaine et véritable renouveau dans un genre, le néo-noir, qui avait tendance depuis quelques années à s’endormir tranquillement sur ses lauriers. Seven, devenu depuis une référence en la matière, connait un succès autant critique que commercial que le Studio New Line Cinema se devait de faire fructifier. Une suite est alors envisagée, un nouveau script écrit, Solace, mettant l’agent Somerset, interprété initialement par Morgan Freeman, aux prises avec un tueur en série capable de prévoir l’avenir. Mais voilà, le projet est abandonné suite aux refus successifs de David Fincher, Nick Cassavetes ou encore Paul Verhoeven de s’atteler à la réalisation. D’autant plus que Morgan Freeman, engagé sur Le Masque de l’Araignée, ne peut reprendre son rôle, et que la piste Bruce Willis débouche sur une impasse. Direction un tiroir sombre pour Prémonitions qui pour le coup ne l’avait pas vu venir !

2015. Revigoré par le succès de Le Rite réalisé par Mikael Hafström, thriller mâtiné de foi et d’exorcisme, New Line Cinema ressort de ses tiroirs le scénario de Solace. Le scénariste Ted Griffin (Ocean’s Eleven) et le producteur Sean Bailey (Gone Baby Gone) écrivent une nouvelle histoire à partir du script original de James Vanderbilt (Zodiac). La réalisation de Prémonitions nouvelle mouture échoit à l’inconnu Afonso Poyart, réalisateur brésilien n’ayant jusqu’ici signé qu’un court et un long métrage (2 Coelhos) tous deux tournés au Brésil. Un baptême du feu loin d’être un cadeau pour ce nouveau venu à Hollywood.

Autant se l’avouer de suite, Prémonitions n’est pas la suite de Seven bien qu’il nous ait été vendu comme tel et qu’il lui emprunte sans vergogne quelques séquences. Nous sommes cependant aux antipodes du chef d’œuvre de ’95 voire des grandes réussites du néo-noir, genre auquel il n’appartient finalement pas. Et de reconnaître dans le même temps qu’il n’est pas une franche réussite, loin de là.

A qui la faute ? Tout d’abord au Studio New Line Cinema qui sort Prémonitions au plus mauvais moment. En effet, la fin des années 90 et le début des années 2000 sont marqués par la sortie sur les écrans de très nombreux films basés sur certaines sensibilités paranormales. On pense notamment à Prémonitions (déjà) de Neil Jordan, aux deux premiers opus de la série Destination Finale ou à Intuitions de Sam Raimi. Prémonitions version Poyart arrive cinq ans trop tard, tout ou presque ayant déjà été dit sur le sujet. L’effet de surprise ne joue plus et le scénario ne va pas arranger les choses.

Car le duo Griffin / Bailey va échouer à proposer un script original. Pire, les deux hommes vont accumuler les pires clichés du genre et emprunts à d’autres œuvres. Médium qui se « connecte » aux autres par le toucher directement échappé du Dead Zone de Cronenberg, mises en scène des meurtres élaborées façon Seven, scène choc d’un crime encore une fois issue de l’univers Seven, explication des visions à la manière du final d’Usual Suspect, les scénaristes ne reculent devant rien pour créer un semblant de filiation entre Prémonitions et les trois films cités. Et que dire de ce médium divorcé suite au décès de son enfant mille fois vu, de cette fliquette au lourd passé et de ce flic sacrifié sur l’autel du pathos que l’on a déjà croisé à maintes reprises ?

Mais des emprunts / hommages, appelez ça comme vous voulez, au néo-noir font-ils pour autant du film un digne représentant du genre ? Dans le cas de Prémonitions, la réponse est clairement non ! Pour appartenir à un genre particulier encore faut-il répondre à certaines exigences propre au genre. Malgré le fait qu’il jette les bases intéressantes d’un questionnement sur le droit de mourir dignement, Prémonitions échoue à ancrer durablement son sujet dans la société en le traitant de façon bien trop superficielle, sans jamais prendre partie. Comme si les auteurs avaient préféré opter pour l’aspect divertissement du projet plutôt que de prendre le risque d’approfondir son réel sujet. En d’autres temps, Serpico avait su allier une dénonciation sans fard, loin de tout didactisme de la corruption des services de police et un aspect ludique. Pour ne rien arranger, Prémonitions se révèle être sans âme, comme désincarné au contraire d’un French Connection ou d’un Inspecteur Harry pour lesquels Friedkin et Siegel s’attachaient à filmer leur personnage à hauteur d’homme, au ras du bitume, au milieu de la circulation et de la population. L’urgence des situations n’en était que décuplée. Et quelle idée saugrenue que de vouloir quitter les rues sombres et dangereuses d’un New-York ou d’un San Francisco pour les avenues totalement aseptisées d’Atlanta ? Autre incontournable du film noir, la course-poursuite automobile. Qui ne se souvient pas de celles, proprement hallucinantes, issues de la trilogie d’Antoni (Bullit, French Connection, Police Puissance 7) ou de La Grande Casse de Halicki voire de la poursuite, à pied cette fois, de Seven ? Poyart va lui nous imposer une version mou du genou, ultra découpée histoire de faire illusion. Peine perdue ! On s’y ennuie ferme sans jamais trembler pour le héros. Revoyez le final de la poursuite de Police Puissance 7 et on en reparlera.

Mais tout n’est pas à jeter dans Prémonitions. Afonso Poyart réussit quelques scènes, dont la rencontre virtuelle entre le tueur (Farrell) et la flic (Cornish), crée par instant une atmosphère d’une infinie tristesse et parvient même à tenir éveillé le spectateur sur toute la durée de son film. Ce qui n’était pas gagné d’avance. On l’aura compris, servi par un scénario d’une autre trempe, le réalisateur aurait pu nous livrer ne serait-ce qu’un bon film. Mais ne nous laissons pas abattre devant tant de défauts. rabattons-nous sur le casting et l’interprétation…. Et zut !

Parlons-en du casting ! Dans le rôle du docteur médium, Anthony Hopkins, probablement attiré par le côté obscur de son personnage, joue sur la corde raide comme s’il allait nous servir une énième version d’Hannibal Lecter. Et sans que l’on sache trop pourquoi, il se permet même quelques beaux moments d’absence, probablement à réfléchir sur les raisons qui l’ont poussé à accepter un rôle que beaucoup ont refusé. Face à lui, Colin Farrell campe un tueur se croyant investi d’une mission divine et se montre sacrément bavard. Vraiment très bavard. Et lorsqu’il se tait enfin, c’est pour nous imposer des postures christiques du dernier des ridicules. Pour compléter le tableau, nous avons droit à un vrai générique d’acteurs issus de série télé. Jeffrey Dean Morgan (Walking Dead), Abbie Cornish (Jack Ryan), Kenny Johnson (The Shield, SWAT), Matt Gérald (Daredevil) font ce qu’ils peuvent avec des personnages traités sans aucune épaisseur.

Facilités scénaristiques, emprunts à des réussites du genre, clichés à foison, interprétation outrancière et réalisation impersonnelle n’ont jamais accouché d’un bon film. Prémonitions en est la preuve flagrante.

Fiche technique :

  • Réalisation : Afonso Poyart
  • Scénario : Sean Bailey et Ted Griffin
  • Montage : Lucas Gonzaga
  • Photographie : Brendan Galvin
  • Pays : États-Unis
  • Genre : Thriller
  • Durée : 101 minutes

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