Quelques Messieurs Trop Tranquilles de G. Lautner

Quelques Messieurs Trop Tranquilles de G. Lautner

Synopsis :

Le paisible quotidien des habitants de Loubressac se voit bouleversé par l’arrivée d’un groupe de hippies, le retour d’un originaire du village au passé trouble et la mort franchement pas naturelle du majordome de la Comtesse.

Critique :

Bienvenue à Loubressac, petit village typique du Lot. Si par bonheur vos pas vous y mènent, vous aurez surement l’occasion d’y croiser des habitants hauts en couleur. Comme Monsieur Peloux, instituteur en maladie puisqu’allergique aux enfants, Julien Michalon, sympathique patron du bar-épicerie, Arsène Cahuzac, fossoyeur et premier adjoint, Paul Campana, garagiste amateur de stock-car et sa femme Odette infirmière ou bien encore Adrien Perrolas, agriculteur. Ces figures, enfants du pays attachés à leur origine, n’en sont pas moins français avant tout. Et bien français. Car si le tableau dressé par Georges Lautner semble de prime abord idyllique, le naturel hexagonal revient très vite au galop.

C’est qu’ils se plaignent nos joyeux lurons. Rien ne va plus à Loubressac depuis la construction d’une autoroute. Le touriste ne prend plus la peine de s’arrêter. Le touriste et son argent. Argent qui, si l’on écoute les plus anciens, vient à manquer cruellement. Oh, ils n’en ont pas plus besoin que cela, leur quotidien n’étant pas tourné vers l’extérieur, mais quand même ! Et lorsqu’une bande de hippies en goguette pose ses valises dans un champ, il trouve encore le moyen de se plaindre. Ils veulent bien l’argent des touristes mais pas de n’importe quels touristes. Ils sont pour le tourisme choisi, celui qui présente bien, celui qui ne s’incruste pas. A Loubressac, on ne veut pas d’étrangers à demeure. Alors on s’organise pour les expulser manu militari et récupérer au passage quelques billets. En prenant bien soin de se cacher derrière notre pauvre fossoyeur / édile qui ne demandait pas tant de responsabilités.

Après une première rencontre tendue, les esprits vont se calmer. Il faut dire que les hippies ont des atouts, et non des moindres. Ils payent rubis sur l’ongle. C’est pas négligeable. Et, histoire de joindre l’utile à l’agréable, les femmes de cette communauté sont toutes aussi belles les unes que les autres. Un vrai plaisir pour les yeux. D’autant plus qu’elles ne s’encombrent pas de vêtements et passent le plus clair de leur temps en tenue d’Eve. L’occasion pour nos administrés de se rincer l’œil à moindre frais. On craint l’étranger à Loubressac. Moins ses femmes. A force de se côtoyer, gens du cru et chevelus finissent par se connaître, s’apprécier. L’anthropophobie, voire le racisme, qui étreignait jusque là nos loubressacois disparaît pour faire place à ce qui pourrait s’apparenter à de l’amitié. Encore faut-il que nos français ne le soient pas trop… français.

Le retour au pays d’un enfant du village, accompagné de deux donzelles frivoles, auquel s’ajoute l’arrivée d’un duo de pêcheurs trop poli pour être honnête, correspond étrangement avec la mort violente du majordome de la Comtesse. Il n’en faut pas plus pour que les esprits s’échauffent, que certains retombent dans les travers de la délation et que d’autres, adeptes du coup de force, ne prennent les armes. Le choc générationnel est inévitable. Les situations cocasses s’enchaînent alors, les coups de gueule aussi. Tout ce beau monde finira au centre du village pour une fusillade d’anthologie avant que les truands ne règlent définitivement leur compte dans une grotte. Tout cela se passe dans une bonne humeur communicative. Le postulat de départ, pourtant dramatique, n’effleure jamais l’esprit d’un spectateur conquis par l’abattage du casting. Quelques Messieurs Trop Tranquilles est un film qui fait du bien. Pourtant, il est un homme qui nourrissait une autre vision de cette histoire de hippies et de péquenots s’alliant contre des truands.

Quelques Messieurs Trop Tranquilles est en effet l’adaptation d’un roman, sorti en 1972 dans la Série Noire sous le titre La Nuit des Grands Chiens Malades, signé A.D.G. Dans les grandes lignes, l’histoire est la même. C’est dans son traitement que les deux œuvres différent. Véritable roman noir à la campagne, le livre est violent, sans concession. S’il utilise l’argot et son langage fleuri, les saillies verbales des protagonistes n’ont pas de quoi faire rire. La malaise créé par l’auteur atteint son paroxysme avec la mort d’un nourrisson, tué par balle, tout juste après sa venue au monde. Une autre différence creuse le fossé entre Quelques Messieurs Trop Tranquilles et La Nuit des Grands Chiens Malades, c’est le regard que portent sur les acteurs du drame leurs créateurs. Lautner aime ses bouseux. On le sent à sa façon de les filmer, de leur laisser le temps de s’épanouir. Rien de tout ça chez A.D.G. Il n’aime pas ses berrichons dont il a pourtant partagé l’existence durant de nombreuses années. C’est un hargneux l’A.D.G. Que l’on adhère, ou pas, à ses idées politiques il est difficile de ne pas se laisser porter par cet auteur de polar sacrément dérangeant, très loin du politiquement correct. Mais pour passer une bonne soirée, je ne saurais que trop vous conseiller le Lautner

Si le scénario et la réalisation sont aux petits oignons, force est de constater que le capital sympathie du casting est pour beaucoup dans la réussite de cette entreprise. L’alchimie entre Jean Lefebvre (Gas-oil), Michel Galabru (Le Juge et l’Assassin), Henri Guybet (Il Était une Fois un Flic), Paul Préboist (Signé Arsène Lupin), Miou-Miou (Les Granges Brûlées), Robert Dalban (Le Monocle Rit Jaune), André Pousse (Flic Story), Bruno Pradal (Mourir d’Aimer) et les autres est d’une évidence que l’on ne saurait nier. D’ailleurs, deux ans plus tard, un grand nombre d’entre eux se retrouveront devant les caméras de Lautner à l’occasion de Pas de Problème ! Je ne saurais terminer cette chronique sans citer un duo de comédiens que j’affectionne particulièrement, Jean Luisi (L’Arrière-train Sifflera Trois Fois ou On Aura Tout Vu! et son fameux « A genoux, escalope! » lancé à Miou-Miou devant un Jean Richard médusé) et Henri Cogan (Les Tontons Flingueurs, Le Pacha), deux acteurs cascadeurs qui à chacune de leurs apparitions me font littéralement mourir de rire.

Vous l’aurez compris. Quelques Messieurs Trop Tranquilles est une réussite du genre, une comédie policière hilarante parfaitement rythmée. Les acteurs, tous au diapason, s’en donnent à cœur joie. Les naïades sont effectivement magnifiques. Si vous ne l’avez jamais vu, n’hésitez pas un instant, vous ne le regretterez pas.

Edition blu-ray :

Ces Quelques Messieurs Trop Tranquilles se présentent à nous sous leurs meilleurs atours. Une image d’une netteté sans faille, un niveau de détail élevé, des couleurs pimpantes, une compression jamais mise en défaut, tout est réuni pour ne pas gâcher notre plaisir. La bande-son et la musique, signée Pierre Bachelet et Eddie Vartan, ne sont pas en reste. Puissance et clarté sont au rendez-vous.

Au rayon bonus, un petit retour sur le film par Georges Lautner et Jean-Marie Poiré où l’on apprend que le film devait à l’origine s’appeler Quelques Connards Trop Tranquilles, qu’Audiard un temps pressenti pour les dialogues n’aimaient pas ceux d’A.D.G., et que les figurantes de la Gaumont étaient splendides. Surtout une. Lautner ne s’en est jamais remis et est tout sourire à l’évocation de ce souvenir.

Fiche technique :

  • Réalisation : Georges Lautner
  • Scénario : Georges Lautner et Jean-Marie Poiré
  • Musique : Pierre Bachelet et Eddie Vartan
  • Photographie : Maurice Fellous
  • Montage : Michelle David
  • Pays : France
  • Genre : Comédie policière
  • Durée : 92 minutes
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