Rendez-vous avec une Ombre (The Midnight Story)

Rendez-vous avec une Ombre (The Midnight Story)

Synopsis :

Touché par le meurtre d’un prêtre qui l’avait recueilli au sein de son orphelinat, Joe Martini démissionne de la police pour mieux se rapprocher et ainsi démasquer l’homme qu’il soupçonne être le meurtrier.

Critique :

Edwin H. Blum désireux de devenir scénariste, s’engage auprès d’Ernest Pascal, dont il devient le « nègre » littéraire. Il finit par être embauché en 1938 par la Twentieth Century Fox pour co-écrire, en compagnie de William A. Drake, le scénario de Les Aventures de Sherlock Holmes d’après Shakespeare. Fort de ce succès, il écrit pour divers studios dont Columbia, MGM, Paramount et enfin Universal qui lui achètera par l’entremise de Robert Arthur (Règlement de Comptes) le script de Rendez-vous avec une Ombre.

Né en 1911 à New-York, Joseph Pevney débute sur les planches dans des vaudevilles, genre qu’il n’apprécie pas mais qui lui permet de parfaire son jeu d’acteur et finira par lui ouvrir les portes de Hollywood. Lorsque la seconde guerre mondiale éclate, il sert au sein du Signal Corps, en charge des communications militaires. Puis, il entame dès 1946 sa carrière d’acteur au cinéma avec Nocturne d’Edwin L. Marin avec George Raft puis continue sur sa lancée dans Sang et or (Body and Soul) de Robert Rossen avec John Garfield, La Dernière Rafale (The Street with No Name) de William Keighley avec Richard Widmark, Les Bas-Fonds de Frisco (Thieves’ Highway) de Jules Dassin avec Richard Conte, et enfin dans Outside the Wall de Crane Wilbur avec Richard Basehart avant de passer à la réalisation. Et son premier film en temps que réalisateur, Shakedown (1950), sera bien évidemment un film noir. Dans une filmographie éclectique, Rendez-vous avec une Ombre interviendra en 1957 sur un scénario et une idée originale d’Edwin Blum (Stalag 17, Le Bagarreur du Pacifique).

Rendez-vous avec une Ombre est un film tout sauf conventionnel et arrive même à se démarquer du tout-venant de la production de l’époque grâce à la volonté de son réalisateur de prendre à contre-pied les codes du genre et un scénario qui s’avérait au départ peu original, l’histoire d’un flic infiltré chargé d’appréhender un malfrat ayant été racontée à maintes reprises. Surprenant le spectateur dès le début du film, le meurtre est commis avant le générique, Pevney va continuer de brouiller les pistes en faisant très vite démissionner son flic. Devenu simple citoyen, ce dernier va s’infiltrer non pas au sein d’un gang dangereux ou d’une organisation criminelle structurée comme on pourrait s’y attendre mais au contraire dans une famille d’origine italienne tout ce qu’il y a de plus respectable. Ici, pas de durs à cuire ou de « sales gueules » mais une famille aimante, accueillante et travailleuse.

C’est dans cette famille parfaite, même si on y remarque l’absence de la figure paternelle, que Pevney va faire entrer le personnage incarné par Tony Curtis. Orphelin, la famille Malatesta est tout ce que Joe Martini a toujours rêvé de connaître et les membres de la fratrie ont tôt fait de l’accepter, lui qui se présente comme un ami du prêtre assassiné. Il faut dire que ce dernier était très apprécié de la communauté italienne et particulièrement de Sylvio. Martini en place, il se fait alors l’œil de Pevney, scrutant les moindres faits et gestes de celui qu’il soupçonne, ce Sylvio si affable et avenant. Le réalisateur dresse alors le portrait d’une famille bien sous tout rapport mais qui recèle en son sein une âme tourmentée. Car Sylvio cache un lourd secret qui le ronge et que finira par découvrir Martini.

Car ce dernier n’en oublie pas pour autant les raisons pour lesquelles il est là et, comme tout bon flic qui se respecte, cherche à se renseigner sur les faits et gestes de Sylvio lors de cette nuit fatidique qui a vu son mentor mourir. Mais devant les caméras de Pevney, Sylvio n’a rien du tueur sans âme ni conscience. Ce qui rend la tâche de Martini d’autant plus ardue est qu’il tombe amoureux de la cousine de son suspect. Mensonge devient le maître mot de la famille. Chacun cachant à l’autre qui il est vraiment. Mais ici, rien de véritablement répréhensible. Tout cela est humain semble nous dire Pevney. Et au spectateur de se demander comment ce dernier va nous asséner sa révélation finale tant le portrait qu’il dresse de Sylvio renvoie à monsieur tout le monde. Son tueur sera un être machiavélique ayant su cacher son jeu aux yeux de tous? Ou à un homme rongé par les conséquences de ses actes? Pevney choisira la solution la plus humaine, celle du remord, de la souffrance intérieure.

Bien que donnant un place importante à ses personnages, Pevney n’en oublie pas pour autant l’enquête policière. Enquête policière qui, ici aussi, se démarque de ce qui se fait ailleurs en prenant l’aspect d’une critique des méthodes policières. Frileux, les vieux flics n’osent prendre en compte les déductions d’un jeune flic sous prétexte que son « suspect » ne ressemble en rien aux suspects habituels. Forcé de démissionner pour faire éclater la vérité, Martini jongle alors comme il le peut entre son affection pour cette famille, son amour pour Anna et ses anciens collègues policiers à qui il rend compte régulièrement de l’évolution de son enquête. C’est là la partie la moins maîtrisée, peut-être parce que la moins intéressante pour Pevney, et nous donne à voir des situations peu crédibles que le réalisateur explique par des arguments bien peu convaincants.

Bien qu’ayant déjà dix ans d’expérience dans le cinéma, il aura fallu à Tony Curtis attendre 1956 pour marquer durablement les esprits avec sa prestation dans Trapèze de Carol Reed puis s’imposer définitivement l’année suivante dans Le Grand Chantage (Sweet Smell of Success) de Alexander Mackendrick. Rendez-vous avec une Ombre se place entre ces deux films et prouve que Curtis avait déjà l’étoffe d’un grand. Incarnant cet ancien flic infiltré qui se met à douter de ses soupçons, il porte à lui seul et avec talent les interrogations du cinéaste sur la notion de culpabilité. Face à lui, Gilbert Roland (L’Orchidée blanche) en tueur profondément humain rongé par ses « fautes » est excellent. Quant à Marisa Pavan (L’Assassin Parmi Eux); elle est parfaite en catalyseur d’une situation qui ne demandait qu’à devenir dramatique.

Tournant le dos à tout sensationnalisme, Joseph Pevney choisit de s’attacher à ses personnages, à leur conscience et aux conséquences de leurs actes. Bien aidé par un casting sans faille, il réussit une formidable étude des mœurs dans le milieu italo-américain de San Francisco.

Edition dvd :

Distribué par Esc Distribution, Rendez-vous avec une Ombre est en fait une édition Movinside. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle ne brille pas par sa qualité. L’image souffre d’un léger flou qui finit, sur la longueur, par être fatigant. C’est d’autant plus dommage que le master ne souffre d’aucun dégât. Dans le même ordre d’idée, la bande-son, présentée ici uniquement en version originale sous-titrée français, puissante et sa souffle, se voit affublée de sous-titres où les fautes et les mots manquants ne brillent pas par leur absence.

En guise de bonus, un entretien autour du film avec Alain Charlot.

Rendez-vous avec une Ombre est disponible en dvd ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : Joseph Pevney
  • Scénario : John Robinson
  • Musique : Hans J. Salter
  • Montage : Ted J. Kent
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Film noir
  • Durée : 90 minutes

2 thoughts on “Rendez-vous avec une Ombre (The Midnight Story)

  1. Parfaitement d’accord avec vous, Pevney est un des réalisateur un peu oublié. c’est la faute à son éclectisme ! il a beaucoup tourné avec Tony Curtis A côté de l’excellent Midnight story, il y a aussi Six bridges across de Pevney avec le même Tony Curtis et qui se passe encore à San Francisco

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :