Ronin, film et novélisation

Ronin, film et novélisation

Synopsis :

Cinq mercenaires sont chargés par un mystérieux commanditaire de dérober une mallette au contenu inconnu.

Critique :

C’est ainsi, qu’en une seule ligne, il est possible de résumer les 2 heures 01 minute que dure Ronin. Ni plus ni moins. Adaptation d’une histoire signée par l’obscur John David Zeik, à qui l’on devra d’autres méfaits scénaristiques – Jeu Fatal avec l’inénarrable Steven Seagal -, scénarisé du même J.D. Zeik secondé par un David Mamet (Engrenages, Homicide) que l’on a connu plus inspiré, Ronin ne brille pas par son originalité mais uniquement par une vaine efficacité.

J.D. Zeik connait ses classiques. On ne peut pas le lui enlever. Et il connaît tout particulièrement l’astuce scénaristique créée en ’35 par Alfred Hitchcock à l’occasion des 39 Marches. Le MacGuffin. Où comment initialiser une histoire, rendre un simple objet capital pour la forme mais totalement inutile dans le fond. Des formules secrètes (Les 39 Marches), de l’uranium dissimulé dans des bouteilles de vin (Les Enchaînés), de l’argent dérobé (Psychose), un collier (La Main au Collet) voire une simple allégation (La Mort aux Trousses) pour Hitch, encore et toujours de l’uranium pour Robert Aldrich dans En Quatrième Vitesse ou pour Quentin Tarantino (Pulp Fiction), le Krytron de Roman Polanski (Frantic). Ronin, lui, nous met en présence d’une mallette argentée imposante dont son porteur ne se départ jamais. Nous ne saurons jamais ce qu’elle contient. Nous ne saurons jamais pourquoi tant d’hommes et d’organisations internationales tentent par tous les moyens de se l’approprier. Documents secrets pouvant abattre les grands de ce monde ? Plan d’une arme dévastatrice capable d’anéantir toute civilisation ? Recette de la ratatouille de Rémy et Alfredo Linguini ? Qui sait. Mais est-ce véritablement si important de le savoir ?

Absolument pas. Encore faut-il que l’intrigue tienne la route. Or ici, l’histoire semble avoir été construite autour des deux impressionnantes course-poursuites automobiles / fusillades qui émaillent le film. Comme si tout le reste n’était que prétexte à amener le spectateur à ces deux moments clés qui ne devraient pas l’être. Au regard de ces deux séquences, la présentation du groupe, la phase préparatoire n’ont que peu d’intérêt. Et je ne parle même pas du final, paresseux au possible. Il faut cependant reconnaître que Ronin souffre aussi d’être sorti trois ans après Heat qui, non content de proposer l’une des plus belles fusillades jamais tournées pour le cinéma, se permet de nous mettre en présence de personnages, principaux et secondaires, magnifiquement écrits. Entre montées d’adrénaline et ennui poli, Ronin souffre d’un déséquilibre flagrant, absent de son illustre modèle, que le cabotinage de certains acteurs rend parfois encore plus pénible.

Prenons le cas Robert De Niro (Sanglantes Confessions). Incarnant Sam, censé passer pour le samouraï des temps modernes du titre, l’acteur alterne les moues boudeuses et dubitatives, les sourires narquois. Mais le plus irritant avec ce personnage c’est qu’il semble dominer les évènements sans que jamais l’on craigne pour sa vie. Cette supériorité place le reste du casting dans une position de faire-valoir désagréable pour le spectateur. Jean Reno (Les Rivières Pourpres), Sean Bean (Jeux de Guerre), Stellan Skarsgård (Insomnia), Natascha McElhone (Ennemis Rapprochés) se contente de lui donner la réplique, enfermés dans les clichés dont les scénaristes les ont affublés. Même Jonathan Pryce (Man on Fire), pourtant suffisamment crédible en commanditaire sadique, ne fait guère illusion. La faute à un mauvais traitement de son « absence » qui aurait dû être synonyme de danger si elle avait été convenablement gérée. Seul Michael Lonsdale (Le Nom de la Rose), avec sa classe habituelle, tient la dragée haute à la star.

Ronin, aux inspirations bien identifiées – Heat donc, mais aussi French Connection dont la course-poursuite sous le métro aérien trouve ici sa version parisienne – a connu un succès plus que mitigé lors de sa sortie en salles mais a acquis au fil des ans un statut de film culte – pour certains – grâce, et uniquement grâce, à ses poursuites échevelées qui ont dû donner à Anne Hidalgo de sacrés sueurs froides.

Direction maintenant la librairie du coin et voir ce qu’a à nous proposer la novélisation d’un film qui n’a finalement que très peu à proposer.

Que dire de cette novélisation de Ronin sinon qu’elle s’avère aussi vaine et décevante que le film éponyme.

Sam Ronin (sic) y est décrit tout au long du récit comme une sorte d’arme suprême du contre-espionnage américain. Tireur d’élite d’exception faisant mouche sans même regarder la cible, expert en arts martiaux capable de tomber le moindre adversaire même s’il se prénommait Chuck, Bruce, Dominique, Bill ou Rick, pilote automobile émérite mettant un vent à un Michael pas encore maraîcher et à un Ayrton tout sauf maçon. Et tout cela en prenant le temps de faire jouir une ex-membre de l’IRA. C’est dire si ses « collègues » et ses antagonistes font pâle figure. Qu’ils soit du KGB ou de… ah bah en fait on sait pas. On va dire la Mafia pour faire court.

Des péripéties supplémentaires par rapport au film sont bien disséminées ça et là, mais elles n’apportent strictement rien au récit. Comme si des débuts de sous-intrigues avaient été proposées mais non suivies d’effet. Et encore une fois, notre (oncle) Sam est tellement au-dessus de tous et de tout – encore plus que dans Ronin le film – que leur attrait frôle le zéro.

Suspense aux abonnés absents et affirmations aléatoires. Ainsi, nous apprenons que le débarquement sur les plages de Normandie a eu lieu en 1945 (?) et que Bayeux a été bombardé par les alliés (??). Et pour ceux qui en ont le courage, penchez-vous sur les différents théâtres d’opérations où notre samouraï sans maître, mais en fait si, s’est illustré de par le monde. D’après mes calculs, mais je peux me tromper, il devrait avoir une bonne centaine d’années au moment de Ronin.

Bref. Oubliable

Fiche technique :

  • Réalisation : John Frankenheimer
  • Scénario : J. D. Zeik et David Mamet
  • Photographie : Robert Fraisse
  • Pays : Anglo-américain
  • Genre : Thriller
  • Durée : 121 minutes

close

Bienvenue Noiristas !

Inscrivez-vous vite pour recevoir les prochains articles à paraître chaque semaine

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :