Rosebud d’Otto Preminger

Rosebud d’Otto Preminger

Synopsis :

Cinq jeunes filles, issues de puissantes familles, sont enlevées, alors qu’elles se trouvent à bord du yacht Rosebud, par des membres du groupe terroriste Black September. Larry Martin, opérateur pour la C.I.A., est chargé de les retrouver et de les délivrer. Il devra composer avec les pères des victimes et les autorités israéliennes.

Critique :

1970. L’armée jordanienne déclenche durant 15 jours une série d’actions militaires contre l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP). Ce conflit fait plusieurs milliers de mort, notamment parmi les civils palestiniens. La même année, est créé le groupe terroriste Septembre Noir. Ce dernier se fait connaître en 1971 avec le meurtre du premier ministre jordanien Wasfi Tall. En mai 1972, ses membres détournent un avion de la SABENA avant que les passagers ne soient libérés par un commando de l’armée israélienne. Mais leur fait d’arme le plus retentissant reste la prise d’otages en septembre 1972 d’athlètes israéliens lors des jeux olympiques de Munich qui se soldera par la mort de onze sportifs, cinq terroristes et un policier ouest-allemand. Israël riposte avec l’Opération Colère de Dieu. Le Mossad, et son unité spécialisée dans l’assassinat ciblé Kidon, vont traquer durant 20 ans commanditaires et responsables du drame survenu en Allemagne.

En 1973, sort dans les linéaires le roman Rosebud de Paul Bonnecarrère, ancien engagé volontaire durant la seconde guerre mondiale puis reporter de guerre en Indochine, à Suez et en Algérie, et de Joan Hemingway, sœur de Margaux (Viol et Châtiment). Les deux auteurs sont également à l’origine de son adaptation, l’écriture du scénario revenant à Erik Lee Preminger, fils de. La réalisation est confiée à l’immense, autoritaire et colérique Otto Preminger, père de donc (Mark Dixon, Détective, Un si Doux Visage), réalisateur autrefois adulé mais désormais sur le déclin, assisté ici d’Yves Amoureux (Gwendoline du regretté Just Jaeckin). Le directeur de la photographie Denys N. Coop (L’Etrangleur de la Place Rillington) se joint à l’équipe. Il s’agit là de sa dernière pige dans ce rôle puisqu’il se tournera quelques années plus tard vers les effets spéciaux (Superman et sa suite).

François Truffaut : « En essayant d’examiner le film (Stage Fright, 1950) avec vos yeux à vous, l’autre jour, j’ai pensé qu’on ne s’intéresse pas beaucoup à l’histoire parce qu’aucun personnage ne s’y trouve en danger« .

Alfred Hitchcock : « Je me suis aperçu de cela avant que le film soit terminé mais à un moment où je ne pouvais plus rien y faire. Pourquoi est-ce qu’aucun personnage n’est réellement en danger ? Parce que nous racontons une histoire dans laquelle ce sont les méchants qui ont peur. C’est la grande faiblesse du film car cela brise la grande règle : plus réussi est le méchant, plus réussi est le film. Voilà la grande règle cardinale, or, dans ce film, le méchant était raté« .

Avec 13 ans d’avance, Truffaut et Hitchcock pointent du doigt le principal défaut de Rosebud. L’absence de vrais méchants, détestables, inspirant la terreur à leurs victimes et par extension aux spectateurs. Les ravisseurs, bien qu’ils massacrent tous les membres de l’équipage du yacht durant leur sommeil, deviennent très rapidement trop polis, trop souriants pour être honnêtes. Ces terroristes de pacotille prennent soin de leurs otages avec la dernière des prévenances. A aucun moment les cinq jeunes filles ne sont réellement en danger. Pire. leur détention s’avère, pour certaines, de si courte durée qu’elle n’ont même pas le temps de souffrir de leur condition. Un message lu et diffusé et c’est retour au bercail pour la première lectrice. Idem pour la seconde. Les autres patientent en jouant tranquillement et en se délectant de chocolat dans une cave toute équipée… Mal écrits, ils frisent même le ridicule à plusieurs reprises. Comment ne pas sourire lorsqu’un terroriste prétend aimer tuer mais pas faire souffrir ? Comment ne pas être étonné lorsque le chef des terroristes promet de faire tuer une otage à chaque fois que l’une de ses exigences ne sera pas tenue et que son bourreau se suicidera une fois son office fait ? Et que lui-même agira pareillement lorsque ses hommes et les otages seront tous passés de vie à trépas ? A ce rythme-là, il n’y a pas trop d’inquiétude à avoir. Leur groupuscule est voué à disparaître de lui-même…

Rosebud souffre également d’une réalisation peu inspirée voire empesée. Comment le réalisateur d’Autopsie d’un Meurtre a-t-il pu en arriver là ? Preminger ne fait que suivre les déambulations de son espion à travers l’Europe et le Moyen-Orient, de faire rencontrer des individus sans réelle épaisseur en omettant de lier ces scènes entre elles. Il filme des avions qui décollent et atterrissent, des voitures qui démarrent, roulent et s’arrêtent. Rosebud dure 2h06. Il pourrait être plus court de trente minutes. Mais non, le spectateur doit bien tenir plus de deux heures pour arriver au bout de ce qui s’avère être un véritable calvaire. Ne nous voilons pas la face. Otto Preminger échoue sur toute la ligne. Rosebud n’est pas un film d’espionnage. Les connexions entre Etats, les rapports entre individus, tout ce qui fait le sel du genre est traité de façon peu crédible. Rosebud n’est pas un film d’action. Simplement parce qu’aucune péripétie n’habite le film. Le final, habituellement en forme de bouquet final, frise ici le ridicule et laisse le spectateur pantois. Preminger, à force de ne pas savoir quelle orientation prendre, ne va nulle part, ne dit rien et finit par livrer un film vain.

Troisième et dernier écueil contre lequel vient se fracasser Rosebud. Le casting. Peter O’Toole (La Nuit des Généraux) est une terrible erreur. Sa nonchalance, l’impression qu’il donne de se foutre littéralement de ce qui se passe autour de lui – reflet probable de sa non-implication pour ce film – le rend antipathique aux yeux des spectateurs qui ne croient à aucun moment à son personnage. Il n’a ni l’attitude ni la prestance que l’on est en droit d’attendre d’un espion de cinéma. Et je ne parle pas de James Bond, Jason Bourne ou Ethan Hunt. Ariel Brenner était d’une tout autre présence. Non, vraiment. Larry Martin est un bien piètre homme de l’ombre. Mais Peter O’Toole n’est pas le seul à blâmer. Richard Attenborough (Le Gang des Tueurs) est-il crédible en Edward Sloat fou de Dieu rêvant de faire du Moyen-Orient une nation tournée vers l’Islam le plus radical ? La réponse est bien évidemment non. Et que dire de Claude Dauphin (Le Diable et les Dix Commandements) qui se contente de nourrir à la petite cuillère sa femme devenue mutique ? Eh bien pas grand-chose. On pourrait se contenter de la plastique des cinq jeunes femmes, dont Isabelle Huppert, mais non. Il est trop tard. On dort.

Vain, sans idée directrice, sans fulgurance, Rosebud a été un échec critique et commercial. Encore aujourd’hui, le voir entièrement est une véritable gageure, un supplice, tant tout ce qui se déroule sous nos yeux est laborieux.

Edition dvd :

Rimini Editions nous propose de (re)découvrir ce Rosebud dans des conditions tout à fait honorables. Un master propre, des couleurs pimpantes, un grain parfaitement maîtrisé. La bande-son, proposée en version française et en version originale sous-titrée français, est claire et sans souffle.

Au rayon bonus, nous avons droit à une interview d’Olivier Père, directeur de l’unité cinéma d’Arte France.

Rosebud est disponible en blu-ray notamment chez Metaluna Store ici et chez Potemkine ici ainsi qu’auprès de la plupart des grandes enseignes.

Fiche technique :

  • Réalisation : Otto Preminger
  • Scénario : Erik Lee Preminger
  • Musique : Laurent Petitgirard
  • Photographie : Denys Coop
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Thriller
  • Durée : 126 mn

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2 réflexions sur « Rosebud d’Otto Preminger »

  1. Là encore, quel casting (j’ai bien reconnu Isabelle Huppert parmi les otages ?) ! Bon, le film a l’air de bien porter son âge et, si je comprends bien l’article, les faiblesse se font sentir du côté du bad guy. Mais bon, Preminger, ça ne se refuse pas.

  2. C’est bien la belle Isabelle Huppert parmi les otages et probablement celle qui tire le mieux son épingle du jeu. Pour le reste, je suis resté de marbre…

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