Sanglantes Confessions (True confessions)

Sanglantes Confessions (True confessions)

Synopsis :

Chargé d’enquêter sur la mort d’une jeune femme, retrouvée coupée en deux dans un terrain vague, le détective Tom Spellacy se voit obligé de reprendre contact avec son prélat de frère, Desmond. Ce dernier fréquentant des personnalités publiques pouvant avoir eu affaire à la victime.

Critique :

Le corps d’Elizabeth Short, jeune fille de 22 ans, est retrouvé coupé en deux et vidé de son sang dans un terrain vague de Los Angeles, le 15 janvier 1947. Son, ou ses bourreaux, ne sera jamais identifié. Cette terrible affaire inspirera de nombreux auteurs comme James Ellroy, qui fera un parallèle entre ce meurtre et celui de sa mère, Jean Ellroy. Un autre écrivain y trouvera son compte. John Gregory Dunne qui en tirera Sanglantes Confidences en 1977. Secondé par son épouse, Joan Didion, il signera également quelques scénarios dont Panique à Needle Park et ce Sanglantes Confessions qui nous intéresse aujourd’hui.

La réalisation est confiée à Ulu Grosbard, metteur en scène à succès nominé à plusieurs reprises au Tony Award avant de remporter un prix Pulitzer pour sa pièce The Subject Was Roses. Il est également connu pour avoir lancé les carrières de Robert Duvall, Dustin Hoffman et John Voight dès 1965. Robert Duvall qu’il retrouve donc en 1981 à l’occasion de Sanglantes Confessions. Le vétéran directeur de la photographie Owen Roizman (French Connection, Les Pirates du Métro, Les Trois Jours du Condor…) et la monteuse Lynzee Klingman (Vol au-dessus d’un Nid de Coucou, Et au Milieu Coule une Rivière…) se joignent à l’équipe technique.

Sanglantes Confessions s’ouvre sur deux hommes, deux frères, au crépuscule de leur vie, que les évènements et le temps ont éloigné. Sanglantes Confessions se clôt sur ces deux mêmes hommes, immobiles, devant la sépulture qu’occupera très bientôt l’un d’eux, laissant l’autre un peu plus seul encore. Entre ces deux séquences, un long flashback habité d’une enquête-prétexte où le plus important est finalement le portrait dressé, tout en clair-obscur, de ces deux individus.

Ulu Grosbard connaît ses classiques. Et c’est tout naturellement que son intrigue débute par un mariage fastueux à la façon d’un Parrain de Francis Ford Coppola où chacun des protagonistes se croisent, se jaugent. Il y a de la transaction obscure dans l’air. Des poignées de mains complices. Des tapes dans le dos amicales. Des invitations. Des cadeaux. En d’autres termes, des pots de vin. Sous toutes ses formes. Au milieu de ces requins de la finance et du droit, les membres du clergé sont comme des poissons dans l’eau. Parce que sous des dehors de respectabilité, parés d’une soutane sans pli, ils croquent aussi dans la pomme. Pour la bonne cause. Pourquoi refuser la construction d’une école à moindre frais ? Après tout, un peu de concurrence déloyale n’a jamais tué personne. Et chacun y trouve son compte. Le promoteur immobilier véreux gagne de l’argent, le clergé fait des économies. Au risque d’y perdre son âme. Ou de souffrir, comme Desmond Spellacy, d’une profonde crise de Foi. Desmond Spellacy, qui loin de ses vœux, n’est plus qu’un homme de main au service d’un clergé dans ce qu’il a de plus humain. Les années passant, il a appris à fermer les yeux, à s’accommoder des travers de ses semblables. Malversations, prostitution ne sont rien à comparer de ce qu’il obtient en contrepartie. Un cheminement personnel, du Bien vers le Mal, à l’inverse de celui de son frère, Tom.

Ulu Grosbard connait ses classiques. Son Tom Spellacy est issu de la longue lignée de détectives arpentant les ruelles sombres des romans et films noirs des années 40 et 50. Chapeau mou vissé sur la tête, sourire carnassier en coin, c’est un dur qui n’a peur de rien ni de personne. C’est qu’avant d’être un représentant des forces de l’ordre, il a été homme de main pour des individus peu recommandables. Il en a gardé un certain goût pour la violence. Violence élevée au rang d’institution au sein du LAPD. Une violence sourde, aussi, née de la frustration. Une frustration prenant racine dans l’absence de la figure paternelle et dans une figure maternelle qui n’a de cesse de le rabaisser, de le comparer à ce frère qui, lui, a réussi en devenant ecclésiastique. La mort de cette jeune femme coupée en deux et l’enquête qui en découle vont lui permettre de pénétrer les coulisses labyrinthiques où son frère s’est perdu. C’est désormais la vengeance qui guide ses pas et non plus le simple exercice de sa fonction. Une revanche sur son passé qu’il soit familial ou professionnel. Tom Spellacy est un homme trouble, humain, passionnant qui trouverait sans difficulté sa place dans n’importe quel roman de James Ellroy.

L’année 1981 aura été riche en néo-noir de qualité. Car outre Sanglantes Confessions, Cutter’s Way d’Ivan Passer, Blow Out de Brian de Palma, L’Anti-gang de Burt Reynolds, Le Facteur Sonne Toujours Deux Fois de Bob Rafelson et bien d’autres encore sortiront sur les grands écrans américains. ’81 marque aussi un tournant dans la littérature américaine avec l’arrivée dans les linéaires du premier roman de James Ellroy, Brown’s Requiem. James Ellroy dont les intrigues tournent quasi systématiquement toujours autour d’individus, journalistes, flics ou détectives, dont les enquêtes viennent se télescoper de façon particulièrement violentes. C’est un peu le cas ici. Comme tous les personnages des romans d’Ellroy, les frères Spellacy ne sont ni tout blancs ni tout noirs. Ils sont complexes. Leurs vies bien qu’éloignées l’une de l’autre sont vouées à se rencontrer de façon brutale, définitive. La rédemption est au cœur du propos d’Ulu Grosbard. Qu’elle permette de faire le Bien ou de payer de sa vie le Mal que l’on a pu faire, même sans le vouloir.

Cette belle étude de caractère n’élude en rien une enquête rondement menée par notre flic de service et parfaitement maîtrisée par Ulu Grosbard. Ce dernier, tournant le dos aux effets de manche, choisit la crédibilité à tous prix. Sanglantes Confessions ne recèle aucune fusillade ou course poursuite échevelée. Les aficionados d’action en seront pour leur frais. Le recueil et l’exploitation du renseignement sont le travail de base du flicard. Et le passé trouble de Tom, autrefois régulier d’une maison de passe, lui permet d’avoir ses entrées dans toutes les strates de la société. De constatations en tuyaux percés, de révélations en coups de chance, il va remonter le fil d’une intrigue tortueuse et révéler la vérité à la face de son monde. Mais en lieu et place du sempiternel final spectaculaire, le réalisateur fait le choix de l’intimisme. Tom pénètre sur le lieu du crime comme l’on entre à l’église. Sans un bruit. Sans une parole. Seule la musique poignante de Georges Delerue l’accompagne. De pièce en pièce, il remonte, avec le recul de celui qui arrive trop tard, le chemin de croix de la victime. Une scène marquante qui relève du pur génie.

En plus d’une qualité d’écriture indéniable et d’une réalisation sans faute, Sanglantes Confessions jouit d’une interprétation de qualité. Si Robert De Niro (Les Affranchis), tout en intériorité, est une fois de plus parfait c’est l’autre Robert (Duvall) qui emporte le morceau. Cynique, désabusé, capable d’éclair de violence, il est l’incarnation parfait du flic hard-boiled, borderline, que l’on apprécie tant. Charles Durning (Un Après-midi de Chien, Furie) est détestable à souhait, Burgess Meredith (Magic) nous prouve qu’il est capable de faire autre chose que de gueuler sur son étalon italien. On retiendra également la prestation poignante de Rose Gregorio (Les Yeux de Laura Mars). Apparition furtive de Dan Hedaya (La Corde Raide).

Sanglantes Confessions est une véritable réussite. Cela tient bien sur à la qualité d’écriture d’un scénario faisant la part belle à l’intime et à l’interprétation d’une grande classe. Mais cette réussite naît aussi de la capacité qu’a eu Ulu Grosbard à rendre crédible son intrigue grâce à une restitution sans faille des années 40 allant même jusqu’à utiliser des techniques de tournage d’alors. Soyez témoins de ces Sanglantes Confessions et jetez-vous sur cette édition signée L’Atelier d’Images.

Edition dvd :

L’Atelier d’Images nous permet de (re)découvrir ces Sanglantes Confessions dans des conditions quasi optimales. Car si l’on fait exception d’un générique bruité et d’une ou deux scènes quelque peu en retrait, c’est parfait. Master propre, niveau de détail élevé, couleurs pimpantes, tout y est. La bande-son, proposée en version française et en version originale sous-titrée, est claire et sans souffle.

En bonus, nous retrouvons un retour sur le film de Samuel Blumenfeld, journaliste au Monde intitulé « Confessions Intimes » d’une durée de 37′.

Sanglantes Confessions est à retrouver directement sur le site de l’éditeur ici en blu-ray et dvd.

Fiche technique :

  • Réalisation : Ulu Grosbard
  • Scénario : John Gregory Dunne & Joan Didion
  • Musique : Georges Delerue
  • Photographie : Owen Roizman
  • Montage : Lynzee Klingman
  • Pays  États-Unis
  • Genre : Drame policier
  • Durée : 104 min
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2 réflexions sur « Sanglantes Confessions (True confessions) »

  1. Comment ai-je pu passer à côté de ce film ? Casting de fou, ambiance façon « Dahlia Noir », photo qui sent le soufre et intrigue à couper au couteau. Après lecture de ton passionnant rapport, je vais mener l’enquête jusqu’à ce DVD.

  2. Tout est parfait dans ces sanglantes Confessions. La réalisation, le rythme, les personnages, l’interprétation. Et ce passage sur la découverte de la réelle scène de crime… A ne pas louper, tu ne seras absolument pas déçu.

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