Scarface

Scarface

Synopsis : Dans les années 20, Tony Carmonte, garde du corps d’un chef de gang, cherche par tout les moyens à se faire un nom dans le Milieu et à prendre le contrôle de toutes les bandes de la ville.

Critique : Suite au succès de L’Ennemi Public de William A. Wellmann avec James Cagney et Le Petit César de Mervyn LeRoy avec Edward G. Robinson, Howard Hughes achète les droits du roman de Armitage Trail. Il le donne à lire à Howard Hawks à qui il désire confier la réalisation. Les deux hommes sont alors en procès, Howard Hughes accusant Hawks de plagiat. Ce dernier accepte et confie l’écriture du scénario à Ben Hecht. Jugée trop violente, l’adaptation sera dans un premier temps refusée par Hughes qui finira par l’accepter et la proposera au Hays Office, censeur de l’époque. Malgré les menaces des censeurs faites à Hughes pour que le film ne se fasse pas, Howard Hawks entame la réalisation de son Scarface.

Ecrit dans les toutes dernières années de la prohibition (1919-1933), le scénario s’inspire clairement des principales étapes de l’accession au pouvoir d’Al Capone, surnommé Scarface. Ainsi, la guerre des gangs déclenchée suite aux tentatives de mainmise sur les différents quartiers de Chicago par le gang auquel appartient Tony Carmonte et le massacre dans un entrepôt par des hommes déguisés en policiers (allusion au massacre de la Saint Valentin perpétré le 14 février 1929) renvoient directement au célèbre gangster. Mais Hecht et ses collaborateurs enveloppent cette histoire d’un romantisme tragique, directement inspiré des Borgia, à la demande de Hawks.

Produit par la société indépendante de Hughes, Hawks rencontrent des difficultés à trouver un acteur capable d’incarner Carmonte, les plus grandes stars étant engagées auprès des studios qui refusent de prêter leurs acteurs. Clark Gable est approché mais échouera une fois de plus, un an après avoir tenté d’obtenir le rôle du Petit César dans le film de LeRoy. Hawks pense alors à Paul Muni mais ce dernier hésite à passer après Cagney et Robinson dans un rôle de gangster. Il se laissera convaincre après son audition. Muni nous livre une prestation de haut niveau, lui qui n’a que peu d’expérience. Incarnant un homme prêt à tout pour arriver à ses fins, usant uniquement de la force de ses poings ou des armes, il n’a aucun sens de l’honneur et trahit les gens pour lesquels il travaille sans regret. Mais il marque aussi les esprits par la relation plus qu’ambiguë qu’il entretient avec sa sœur, incarnée par Ann Dvorak (encore une fois, les Borgia ne sont pas loin). Pour incarner son bras droit, même problème. Non seulement, les principaux acteurs sont déjà sous contrat mais il faut trouver un acteur plus petit que Muni afin de ne pas entamer sa présence à l’écran. Le choix se porte sur George Raft, danseur mondain sans expérience du cinéma. Emprunté, ne sachant que faire de ses mains, Raft aura les plus grandes difficultés à incarner son personnage. Pour lui donner plus de naturel, Hawks lui demandera de jouer tout au long du film avec une pièce de monnaie. Ce tic sera repris de nombreuses fois dans le cinéma notamment dans le Film Noir.

Côté réalisation, Hawks fait dans l’efficacité, ne s’embarrasse pas de moral et évite soigneusement toute forme de jugement. Dans une ville filmée exclusivement de nuit, Hawks s’inspire déjà de l’expressionnisme allemand avec ces maisons déstructurées, ces ruelles sombres et vides, préfigurant ainsi ce que sera le Film Noir. Désirant montrer toute la violence de la situation, il n’hésite pas à multiplier les meurtres à l’écran, les poursuites automobiles, les cascades… Prévenant les critiques à venir des censeurs, il image la technique du X. Avant chaque mort violente, il filme, dans le décor un X prévenant le spectateur de ce qui va se passer (le générique est marqué d’un X – rappelant également la balafre du personnage de Muni, un panneau de signalisation, une ombre à terre, une croix sur un tableau dans un bowling, une croix sur la chambre 10 d’un hôtel…). Mais cela n’empêchera par le Hays Office de tenter de frapper fort.

Choqués par la violence du propos mais surtout par la distanciation du réalisateur par rapport à son propos et ce romantisme tragique entourant les personnages, les censeurs imposent à Hawks d’importantes coupes lors des meurtres, un prologue tout en dénonciation de la criminalité, une scène à mi-film où des notables souhaitent faire appel à l’armée pour régler le problème de la criminalité et surtout une fin différente. Ils exigent en effet que le personnage de Carmonte soit arrêté, et non abattu comme à l’origine, puis jugé pour ses crimes. Muni refusant de se plier à la censure, un autre acteur, filmé de dos  lors du procès ou le visage caché lors de son exécution, prendra sa place. Mais les médias de l’époque prennent fait et cause pour Hawks défendant ainsi la liberté d’expression. Après plusieurs mois de blocage, Scarface sortira dans sa version d’origine dans laquelle seront maintenus le prologue et la scène avec les notables.

Préfigurant certaines figures de style du Film Noir, Scarface fut un véritable triomphe populaire mais sera également le chant du cygne du film de gangsters. Conscients que les mentalités changent, les studios décident de ne plus idéaliser les gangsters à l’écran mais de donner de nouveaux héros au public, en l’occurrence les forces de police qui luttent contre ces mêmes gangsters, et de décrire une société malade de sa criminalité, sous toutes ses formes.

Edition DVD :

Fiche Technique :

  • Réalisateur : Howard Hawks
  • Scénario : Ben Hecht
  • Montage : Edward Curtiss
  • Musique : Adolf Tandler
  • Pays d’origine : Etats-Unis
  • Genre : Film de gangsters
  • Durée : 89 mn

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