Sens Unique (No Way Out)

Sens Unique (No Way Out)

Synopsis :

Tom Farell, militaire fraîchement promu au Pentagone, devient l’amant de Susan Hatwell, la maîtresse du ministre de la défense, David Brice. Ce dernier, dans un accès de jalousie, la tue. L’enquête menée par les hommes du ministre semble mener directement à Farell.

Critique :

Kenneth Fearing commence sa carrière littéraire comme journaliste pour l’hebdomadaire New Yorker et participe à la création du trimestriel Partisan Review pour lequel il rédige nombre de pulps. De 1939 à 1960, il publiera huit romans dont The Big Clock qui se verra adapté en 1948 sous le titre La Grande Horloge par John Farrow avec Ray Milland et Charles Laughton puis Sens Unique en 1987 par Roger Donaldson avec Kevin Costner et Gene Hackman. En 1976, Alain Corneau avait tenté, en vain, d’obtenir les droits du roman. S’en inspirant librement, il nous livrera Police Python 357 avec Yves Montand.

Orion Pictures, qui a acquis les droits du roman, demande à Robert Garland d’adapter Le Grand Horloger pour le grand écran. Garland n’a, en ’87, que très peu de scénarios à son actif. Trois pour être précis. Mais deux ont marqué les esprits, Le Cavalier Electrique de Sydney Pollack avec Robert Redford et Jane Fonda et Tootsie du même Sydney Pollack avec Dustin Hoffman et Jessica Lange. Sens Unique sera donc son quatrième scénario suivi l’année suivante par celui de Le Grand Bleu de Luc Besson.

Originaire d’Australie, Roger Donaldson s’expatrie en Nouvelle-Zélande où il réalise son premier long métrage en 1977, Sleeping Dogs avec Sam Neill, qui le fait remarquer par Hollywood. Direction Moorea pour tourner Le Bounty avec Mel Gibson et Anthony Hopkins. Après un biopic avec Sissy Spacek, il s’attelle à la réalisation de Sens Unique, un néo-noir, genre qu’il retrouvera quelques années plus tard avec Guet-Apens, remake éponyme du film de Peckinpah avec Steve McQueen.

Les temps changent, les codes restent. Si Garland et Donaldson ont choisi de changer d’univers, passant du journalisme au monde politico-militaire, ils n’en n’oublient pas pour autant les origines de leur histoire. A savoir le récit d’un homme obligé d’enquêter sur un meurtre dont chaque indices récoltés l’accusent un peu plus. Puisant dans les caractéristiques du film noir, Sens Unique est traité à la façon d’un très long flashback explicatif sur les raisons pour lesquelles Costner se retrouve blessé et auditionné de manière officielle, semble-t-il. On retrouve également la figure de la femme, qui si ici n’est pas « fatale » au sens propre du terme, n’en est pas moins le déclencheur d’une série d’événements qui va bouleverser le destin de chacun. C’est aussi l’histoire d’un homme en butte à une machinerie, une institution puissante prête à détruite quiconque se met en travers de son chemin.

Désireux de coller au plus près de l’époque, le réalisateur et son scénariste choisissent de situer l’action de Sens Unique dans un contexte géopolitique encore incertain mais qui est en passe de se stabiliser avec l’arrivée au pouvoir en URSS de Mikhaïl Gorbatchev. Si l’intrigue est centrée sur le meurtre d’une femme et l’enquête qui s’ensuit, elle est également teintée de politique avec des tractations en sous-main pour la création, ou non, d’un sous-marin nucléaire sensé répondre à l’arsenal russe. Si américains et russes viennent de signer un traité prévoyant le retrait des missiles à moyenne portée en Europe, une atmosphère paranoïaque demeure des deux côtés de l’atlantique qui sert le propos de Donaldson.

Mais Roger Donaldson n’a pas la prétention de dresser le portrait acerbe du monde géopolitique de l’époque et de ses différents services gouvernementaux. La majeure partie de son film se trouve être un huis-clos particulièrement efficace au sein du Pentagone. Donaldson maîtrise ici son sujet, les lieux et le tempo de son film. Profitant de la moindre pièce du bâtiment, du moindre espace, il entraîne Kevin Costner dans un jeu du chat et de la souris riche en suspense. Et si cela vous paraît peu crédible, il est bon de se rappeler que le 05 août 1987, soit quelques jours avant la sortie du film sur les écrans américains, un homme s’est introduit armé dans le Pentagone et fut abattu par les services de sécurité après une longue traque.

Mais avant cela, le spectateur aura à subir une trop longue première partie particulièrement fastidieuse et maladroite. Si la situation politique, en la personne du personnage de Gene Hackman, est bien amenée, le personnage de Kevin Costner répond malheureusement aux mauvais clichés du héros américain sans peur, irrésistible et un tantinet immature. Mais cela n’est rien à côté de la romance peu crédible que connaissent Costner et Young, due à un manque flagrant d’alchimie entre les deux acteurs et qui trouve son point d’orgue dans une pseudo-scène érotique plus gênante qu’affriolante. Scène qui sera d’ailleurs parodiée dans Hot Shots! 2.

Avec Sens Unique, Kevin Costner change totalement de registre après s’être montré si sérieux et impliqué dans Les Incorruptibles de Brian de Palma. En roue libre dans la première partie (encore une fois fort peu réussie), il élève son niveau lors des scènes plus tendues. Niveau qu’il haussera encore dans JFK d’Oliver Stone et dans Un Monde Parfait de Clint Eastwood. Gene Hackman se contente quant à lui de faire du Gene Hackman, ayant probablement déjà la tête à Mississippi Burning. Même si son rôle est quelque peu ambiguë dans son traitement (le vrai méchant c’est l’homosexuel – sic!), Will Patton (After Hours) s’en sort avec les honneurs. Au sein d’un casting faisant le job sans trop forcer, Sean Young, encore une fois pas à son avantage, se montre totalement insipide et incarne à elle seule l’échec de cette fameuse première partie. On la préférera dans Blade Runner

Handicapé par une première partie lourdaude, Sens Unique s’en tire finalement avec les honneurs grâce à une seconde partie enlevée et un twist final malin, sans pour autant s’inscrire dans les grandes réussites du néo-noir.

Fiche Technique :

  • Réalisation : Roger Donaldson
  • Scénario : Robert Garland
  • Photographie : John Alcott
  • Montage : William Hoy et Neil Travis
  • Musique : Maurice Jarre
  • Pays  États-Unis
  • Genre : Néo-noir
  • Durée : 114 minutes

3 thoughts on “Sens Unique (No Way Out)

  1. Bonjour,
    Chouette blog.
    Sens unique est un film que j’aime bien. Je le qualifierai moins de néo-polar que de film d’espionnage. On est plus proche d’un John le Carré que d’un Dennis Lehane.
    Je serai moins sévère sur l’interprétation. Celle de Costner est à mon sens voulue (le côté « mauvais clichés du héros américain ») pour brouiller les pistes au départ. L’acteur est alors en pleine ascension, et son jeu va s’apaiser (faut le voir en jeune chien fou dans Une bringue d’enfer (Fandango) de Kevin Reynolds ou Silverado de Lawrence Kasdan.
    Hackman est bien, mais c’est effectivement Will Patton qui est le plus intéressant, acteur que j’ai toujours trouvé sous-employé. Sean Young, c’est effectivement la faute de casting, mais je ne suis pas neutre, je la supporte rarement.
    En fait, le gros handicap du film, c’est le réalisateur, dont j’aime bien certains films : celui-ci, mais aussi Sables mortels, le remake de Guet-apens (si, si, j’assume), Le Pic de Dante, Treize jours (peut-être son meilleur), et le méconnu Burt Munro. Mais il est très inégal. Quand j’ai vu à sa sortie Les Pleins pouvoirs d’Eastwood (pourtant pas parmi ses meilleurs), j’ai repensé immédiatement à Sens unique dont le dénominateur commun est Gene Hackman face à une situation similaire, mais débarrassé du contexte international. On voit le traitement des personnages, plus fouillés, et la direction d’acteur bien meilleure (et quel casting : Ed Harris, Laura Linney, Scott Glenn, Dennis Haysbert, Judy Davis… ).
    Certes la trame du film d’Eastwood est plus classique et le suspense plus manipulateur chez Donaldson, mais ce dernier est plus impersonnel, plus mécanique.
    Mais j’aime bien de film qui a une bonne place dans ma vidéothèque des eighties.

    1. Effectivement le film se situe est un croisement entre le film d’espionnage pour son contexte politique et le néo-noir (je préfère ce terme à néo-polar plus accès littérature et surtout, dans ce cas, pour les raisons que j’évoque dans l’article). Le film n’est pas déplaisant en soi mais la première partie est un calvaire pour moi. Et le personnage de Sean Young est totalement sous-exploitée. Ce qui ne m’empêche pas de le voir au moins une fois par an. Je reconnais aussi que j’aime bien voir Le Pic de Dante (mais chut…)

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