Sexcrimes (Wild Thing)

Sexcrimes (Wild Thing)

Synopsis :

Sam Lombardo, conseiller pédagogique dans un lycée de Floride, est accusé de viol par l’une des élèves. Le sergent Ray Duquette et la détective Gloria Perez sont chargés de l’enquête mais le chemin menant à la vérité est bien tortueux.

Critique :

Milieu des années 90. Hollywood surfe sur la vague des gentillets slashers ciblant des ados en mal de sensations. Slashers qui se distinguent de leurs aînés par une propension à décliner jusqu’à l’infini la technique du coup de théâtre et du twist final. Scream, Souviens-toi l’Eté … Dernier, Urban Legend en sont les parfaits exemples. Au milieu d’une production qui fleure bon la médiocrité, surnagent quelques titres, en concordance avec le thème du site, autrement plus intéressants comme Bound, premier film des désormais sœurs Wachowski, The Game de David Fincher ou Lost Highway de David Lynch. Mais s’il y en a un qui va mettre les pieds dans le plat et atomiser les codes du néo-noir, c’est bien John McNaughton et son sulfureux Sexcrimes.

Né en 1950 à Chicago, John McNaughton étudie les arts à l’université de l’Illinois avant d’être diplômé du College Columbia de Chicago en production télévisuelle et en photographie. Après un documentaire sur les plus grands criminels américains du XXème siècle narré par Broderick Crawford, Dealers in Death : Murder and Mayhem in America, il signe un premier film de fiction qui fera grand bruit et dont le statut de culte demeure encore aujourd’hui extrêmement fort, Henry, Portrait of a Serial Killer. Après une incursion dans le film d’horreur avec Borrower, il revient à ses premiers amours avec le sympathique mais oubliable polar Mad Dog and Glory avec Robert de Niro. Dès lors en perte de vitesse, John McNaughton revient aux affaires en 1998 en mettant en images le tortueux script signé Stephen Peters.

La femme fatale ! Personnage récurrent dans le paysage du film noir de la période dite classique, elle fait son grand retour au début des années 90, en 1994 pour être plus précis, avec sa parfaite représentation incarnée à l’écran par Linda Fiorentino (Bridget Gregory) dans le Last Seduction de John Dahl. Mais avant toute chose, petit retour sur les caractéristiques de la femme fatale tel qu’elle nous était présentée dans les années 40 / 50.

Comme sa dénomination l’indique, la femme fatale est un personnage exclusivement féminin dans le monde du film noir bien que certains réalisateurs aient tenté de le masculiniser. On pense notamment à Webb Garwood, incarné par Van Heflin, dans Le Rôdeur de Joseph Losey. On peut imaginer cette femme issue des couches moyennes, voire des couches supérieures, de la société. Elle ne sera en aucun cas de basse extraction. Elle est mariée à un homme riche et influent, qu’il soit du bon ou du mauvais côté de la loi. Sans emploi, elle est en quelque sorte la propriété de son mari au même titre que l’intérieur richement décoré de la maison qu’occupe le couple. Toujours très bien habillée, sachant parfaitement mettre en valeur ses formes, elle renvoie l’image d’une femme forte, hautaine, prête à tout pour parvenir à ses fins. Car elle n’est que très rarement victime de son image. Elle vise le pouvoir, la reconnaissance, l’indépendance et l’argent. Bien que les films de cette période sont soumis au code Hays, la sexualité n’est pas absente et reste latente dans toutes les attitudes qu’elle adopte en présence de la gente masculine.

Pour Sexcrimes, et à l’inverse d’un Seth Brundle et sa fusion homme / insecte, John McNaughton parvient à dissocier les diverses branches de l’ADN de la femme fatale pour en créer ici deux distinctes, à séparer le bon grain de l’ivraie en quelque sorte. Place donc aux deux faces d’une même pièce, Denise Richards (Kelly) et Neve Campbell (Suzie), croquées ici comme aux antipodes l’une de l’autre. Si la première affiche un physique à faire se damner le premier moine venu, une arrogance et une richesse semblant sans limite, la seconde mise tout sur l’empathie, une réserve touchante et une intelligence maligne. Le but des deux jeunes femmes est le même, celui de s’enrichir rapidement et ainsi obtenir une indépendance qui se veut définitive. Si les années passent, les désirs eux ne changent pas.

Face à elles, deux hommes plus âgés, plus matures, qui ont sur elles une « supériorité » due à leur statut social (conseiller pédagogique et policier). Surs d’eux et de leur « puissance », ils sont l’archétype même du mâle dominant. Mais chez McNaughton, les femmes sont loin d’être prudes et innocentes. Jouant de leurs charmes et utilisant leur corps comme d’une arme, ce sont elles qui finalement dominent les débats face à des hommes devenus bien peu de chose face aux promesses d’un corps livré en pâture. Une fois le décor planté, Sexcrimes propose un érotisme sulfureux, jamais gratuit, tout entier au service de l’intrigue. Dans ces conditions, qui mieux qu’une femme peut contrer une femme ? Ici, c’est la collègue de Duquette, Gloria, qui s’y colle. Mais dans la moiteur de la Floride, l’appel de la chair est bien trop forte pour que quiconque y résiste…

Dès lors les pièces du puzzle s’emboîtent les unes dans les autres jusqu’à un dénouement final à rebondissements qui n’en finit pas. Le voile se lève alors. Sexcrimes n’est finalement qu’une vaste supercherie. Tout ce qui nous a été donné de voir est faux. Tout ce qui nous a été suggéré est faux. McNaughton un roublard ? Surement. Mais si le spectateur s’est fait rouler durant les presque deux heures que dure Sexcrimes c’est peut-être uniquement de sa faute. Les corps, sublimes, des actrices, leurs moues aguichantes, leurs attitudes corporelles provocantes, cette atmosphère empreinte de luxure n’ont-ils pas simplement détourné l’attention d’un public presque exclusivement masculin. Devant ce film, ne sommes nous pas les victimes inconscientes de nos sens? Comme l’ont été notre conseiller pédagogique et notre flic ? A chacun de se faire sa propre opinion.

Sexcrimes a également pour lui de nous proposer un casting 100% sexy au talent indéniable. Neve Campbell (Dangereuse Alliance), Denise Richards (Starship Troopers), Matt Dillon (Un Baiser Avant de Mourir) et Kevin Bacon (Mystic River) sont parfaits dans leur rôle respectif amenant même un surplus de charisme bienvenu. Clin d’œil au genre, Theresa Russell incarne ici ce qu’aurait pu devenir Catherine Petersen si elle n’avait pas fini en prison (La Veuve Noire), une femme fatale parvenue à ses fins. Et c’est toujours un plaisir de retrouver Bill Murray (Mad Dog and Glory) et Robert Wagner (Baiser Mortel).

Sous ses dehors de thriller érotique un peu facile, Sexcrimes se déguste comme un exercice de style efficace où chaque code du néo-noir est disséqué pour mieux être exploré. Il n’est pas interdit non plus de penser que McNaughton se moque sans vergogne de la production cinématographique de l’époque en surjouant les tics alors en cours à Hollywood. En tout cas, c’est jubilatoire !

Fiche technique :

  • Réalisation : John McNaughton
  • Scénario : Stephen Peters
  • Musique : George S. Clinton
  • Photographie : Jeffrey L. Kimball
  • Montage : Elena Maganini
  • Pays  États-Unis
  • Genre : Thriller
  • Durée : 108 minutes

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