Sherlock Holmes contre Jack L’Éventreur (A Study in Terror)

Sherlock Holmes contre Jack L’Éventreur (A Study in Terror)

Synopsis :

Sherlock Holmes enquête sur les meurtres attribués à Jack l’Éventreur qui ensanglantent le quartier de Whitechapel.

Critique :

Quartier de Whitechapel, Londres, 1882. Ce district de l’East End voit sa population fortement augmenter avec l’arrivée massive d’irlandais et de juifs russes fuyant les pogroms. Le quartier se délite à force d’antisémitisme et de racisme. Les vols et le crime y règnent en maître. De nombreuses émeutes éclatent entre 1886 et 1889, forçant parfois la police à violemment intervenir. Économiquement, Whitechapel est durement touché par le chômage et nombre de femmes sont dans l’obligation de se prostituer pour survivre. C’est dans ce contexte délétère qu’une vague de crimes particulièrement atroces va finir de faire entrer Whitechapel dans l’inconscient collectif.

Entre le 3 avril 1888 et le 13 février 1891, pas moins de onze crimes y sont commis. Parmi ceux-ci, cinq sont attribués à un tueur unique, surnommé par la presse Jack l’Éventreur. Encore aujourd’hui et malgré de nouvelles thèses, ce dernier n’a jamais été formellement identifié.

Une prostituée est tuée dans un bac à eau

1887. Arthur Conan Doyle publie Une Étude en Rouge, premier roman mettant scène le détective privé Sherlock Holmes, affublé de son ami le Docteur John Watson. S’ensuivront trois autres romans et pas moins de cinquante-six nouvelles s’étalant de 1890 à 1927. Aucun de ceux-ci ne mettront aux prises Holmes et Jack L’Eventreur, l’écrivain n’ayant jamais fait le choix de s’emparer des évènements qui ensanglantaient alors Whitechapel. Il faudra attendre 1912 pour qu’Arnould Galopin signe L’Homme au Complet Gris et aborde le sujet. D’autres ont suivi, le dernier en date Sherlock Holmes : La Tour Rouge signé Fabien Sabatès et publié en 2020 où Holmes se lance sur les traces du tueur à Paris.

John Watson et Jack l'Eventreur discutent des meurtres de Jack l'éventreur

Le cinéma et la télévision ne sont évidemment pas en reste. Sherlock Holmes Contre Jack L’Éventreur sera le premier à sortir sur les écrans, en 1965, sous la direction de James Hill. Suivront en 1979, Meurtre par Décret de Bob Clark avec Christopher Plummer, James Mason, Donald Sutherland, Geneviève Bujold…, O Xangô de Baker Street en 2001, comédie transposant l’action et les faits aux Brésil et enfin en 2020 la série Sherlock Holmes en Russie, le tueur s’étant réfugié à St Petersbourg. Sans oublier l’excellent C’était Demain de Nicholas Meyer où Sherlock Holmes est remplacé par H.G. Wells pour traquer Jack L’Éventreur dans le San Francisco de 1979.

Sherlock Holmes déguisé avec John Watson

Sherlock Holmes contre Jack L’Éventreur est une coproduction anglo-américaine. Si le film est initié par la société Sir Nigel Films, créée par les descendants d’Arthur Conan Doyle afin d’exploiter ses œuvres littéraires au cinéma et à la télévision dans le respect de ses écrits, le groupe britannique Compton et le producteur Herman Cohen (Meurtrière Ambition, film noir avec Barbara Stanwyck et Raymond Burr) participent également au projet.

L’histoire originale est signée des frères Donald et Derek Ford à qui l’on doit l’idée de confronter le célèbre détective au fameux tueur. La première version n’ayant pas satisfait aux exigences du producteur américain, Henry Craig fut désigné pour améliorer le script, sans pour autant être crédité au générique. La réalisation est confiée au britannique James Hill dont c’est ici le quatrième film et probablement celui qui « parle » le plus aux cinéphiles. Rejoignent l’équipe technique ses compatriotes Desmond Dickinson (L’Homme de Berlin), directeur de la photographie, et Henry Richardson (La Vallée de Gwangi), monteur.

Sherlock Holmes et John Watson la nuit dans les ruelles de Whitechapel

Nous voilà donc projetés en 1888, dans les ruelles sombres et malfamées de Whitchapel. Le moins que l’on puisse dire c’est que James Hill ne perd pas son temps, et le notre, en scènes d’exposition. Le générique n’a pas encore débuté qu’une pauvre prostituée succombe sous les coups de couteau de l’assassin. Puis un second meurtre, toujours une prostituée, va pousser Sherlock Holmes à se pencher sur le problème, la police piétinant, sans résultat, dans les caniveaux. Hill a le bon goût de ne pas s’embarrasser de superflu. Il va à l’essentiel, s’ancre dans le réel en gardant le nom des vraies victimes, dissémine des indices, pour certains discrètement quand d’autres s’avèrent bien plus visibles pour qui est attentif, tout au long d’une intrigue qu’il maîtrise, utilise parfaitement des décors de qualité. On l’aura compris, il n’y a pas grand-chose à reprocher à Hill mise à part peut-être une simplicité qui ne sied guère à ce genre de sujet. Un peu de folie, à l’image de celle qui devait nécessairement habiter Jack, aurait certainement donné une atmosphère encore plus crédible au film.

Réunion de travails entre Sherlock Holmes, John Watson, Mycroft Holmes et Lestrade

Mais voilà, Sherlock Holmes contre Jack l’Éventreur ne fait pas mouche. La faute à des personnages bien trop propres sur eux. Les prostituées sont belles et bien attifées, tout comme les hommes qui hantent les rues de Whitchapel. La misère était de circonstance. Pas de robe de soirée, pas de fard du meilleur goût, pas de dents passées à l’Émail Diamant… On passera sur le maquillage du frère perdu de vue, du dernier des ridicules. Mais finalement, tout cela n’est qu’un détail. Non, là où le bât blesse, c’est dans le traitement réservé à Sherlock Holmes par son interprète, John Neville.

Adrienne Corri défigurée

Propulsé sur le devant de la scène par la série télé The Life of Henry V pour laquelle il tenait le rôle titre, John Neville entame sa carrière cinématographie en 1960 dans le biopic Oscar Wilde signé Gregory Ratoff. Sherlock Holmes contre Jack l’Éventreur est son second film où il tient le haut de l’affiche après le film de science-fiction Unearthly Stranger. Et force est de constater que l’acteur est bien trop lisse, trop pâle pour entrer dans la peau du célèbre détective. Il lui manque ce soupçon de charisme qui lui aurait permis d’habiter son rôle. Cette impression peut sembler suggestive. Mais il suffit de mettre en parallèle sa prestation avec celles d’un Basil Rathbone (La Femme en Vert ou Le Train de la Mort), d’un Peter Cushing (Le Chien des Baskerville), d’un Christopher Lee (Sherlock Holmes et le Collier de la Mort), d’un fantastique Jeremy Brett (la série Les Aventures de Sherlock Holmes) ou d’un hilarant Michael Caine dans Élémentaire, mon Cher Lock Holmes pour constater le fossé qui le sépare de ces acteurs.

Donald Houston (The Maniac), en Watson faire-valoir de Holmes (parfois très appuyé), s’en tire avec les honneurs tout comme Anthony Quayle (Le Faux Coupable). Il est également drôle de retrouver une Judi Dench toute jeunette et amoureuse aux antipodes de son rôle de patronne glaciale et dure du MI6.

Sherlock Holmes au milieu des flammes

Sherlock Holmes contre Jack l’Éventreur est un honnête divertissement qui souffre cependant de la comparaison avec d’autres adaptations bien plus réussies des enquêtes du célèbre détective.

Fiche technique :

  • Réalisation : James Hill
  • Scénario : Derek et Donald Ford
  • Photographie : Desmond Dickinson
  • Montage : Henry Richardson
  • Musique : John Scott
  • Pays : Royaume-Uni
  • Genre : Thriller
  • Durée : 95 minutes
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4 thoughts on “Sherlock Holmes contre Jack L’Éventreur (A Study in Terror)

  1. This is a very good analysis of a classic Holmes Vs Ripper film. I hope someday to see my book made into a much better film pitting Sherlock against Jack. You will be able to read more about my book here on this page soon!

  2. Je ne sais pas d’où sort ce film (from hell?), en tout cas il a un titre prometteur. Visiblement le résultat à l’arrivée n’est pas très concluant.

  3. Le film n’est pas mauvais en soi, il est même divertissant. Mais il souffre d’un John Neville pas assez charismatique pour interpréter Holmes et d’un Watson réduit à faire de la figuration et à servir de faire valoir pour mettre en avant l’intelligence de son ami. Tu cites à juste titre Fron Hell. Il faudrait qu’un vrai cinéaste se penche sérieusement sur le formidable roman graphique d’Alan Moore.

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