Sirocco

Sirocco

Synopsis : 1925. Au cours de l’insurrection syrienne contre le mandat français, le colonel Feroud obtient l’aide d’un contrebandier américain pour entamer des négociations avec le chef des rebelles, Hassan. Mais les deux hommes sont amoureux de la même femme, Violetta.

Critique : Institué par la Société des Nations (SDN) le 25 avril 1920, le mandat français avait pour but de permettre officiellement aux États du monde arabe d’accéder à l’indépendance et à la souveraineté, sitôt après avoir atteint un niveau suffisant de maturité politique et de développement économique et ce au lendemain de la première guerre mondiale. La Syrie n’était alors pas considérée comme une colonie française mais était administrée presque comme un protectorat contrairement aux idées reçues. Durant l’été 1925, la révolte gronde contre l’autorité française accusée d’être trop intrusive, trop centralisée et trop dépendante des méthodes d’administrations inspirées du jacobinisme en place en Afrique du Nord. Dans un premier temps, les insurgés druzes infligent des défaites à l’armée française et la rébellion enflamme bientôt tout le pays jusqu’au printemps 1927. Mais des dissensions naissent entre les différentes grandes familles et autre communautés du pays. C’est la fin de la révolte. Celle-ci eut comme effet principal une réorientation politique du mandat avec la séparation des pouvoirs entre civils et militaires. Les civils administrent alors le pays de façon plus libérale. Le 03 janvier 1944, la France reconnaît enfin la souveraineté de la Syrie.

En 1931, l’écrivain Joseph Kessel (1898-1979) prend pour toile de fond la révolte syrienne pour décrire dans Le Coup de Grâce une amitié virile et forte entre deux soldats mise en danger par l’amour pour une même femme. Avec son neveu, Maurice Druon, Joseph Kessel adapte en 1953 son roman en mélodrame en trois actes pour le théâtre.

En 1951, Albert Isaac Bezzerides et Hans Jacoby signent le scénario de Sirocco très librement adapté de Le Coup de Grâce au profit de Curtis Bernhardt (La Mort n’était pas au Rendez-vous, déjà avec Bogart), engagé par la société Santana Productions, société créée en 1948 par Humphrey Bogart. Ainsi, Les Ruelles du Malheur (Knock on any Door), Tokyo Joe, And baby Makes Three, Le Violent (In the Lonely Place), Sirocco, The Family Secret et Plus Fort que le Diable (Beat the Devil) ont été produits par la société de Bogart et distribué par Columbia Pictures. Malheureusement, la majorité de ces films ayant été des échecs au box-office, Santana Productions fut vendu. Märta Tonén (L’Impasse maudite…), Lee J. Cobb (Douze hommes en colère, L’Exorciste…) et Everett Sloane (Citizen Kane, Marqué par la Haine…) complètent le casting, au demeurant solide.

Si le sujet vous rappelle quelque chose, c’est normal! Nous sommes devant un scénario très proche de celui du Casablanca de Michael Curtiz. Mais loin d’en être une pâle copie, Sirocco a pour lui quelques atouts non négligeables.

Tout d’abord, nous retrouvons un Humphrey Bogart fringant et parfaitement à l’aise dans son rôle de contrebandier sans scrupule jouant sur les deux tableaux dans le but de se faire de l’argent sans trop s’attirer d’ennuis. Le voir déambuler dans les rues de Damas vêtu de son éternel trench-coat comme s’il se trouvait à New-York est dans un premier temps surprenant mais l’acteur le fait de façon tellement naturelle… Face à lui, Lee J. Cobb dans le costume d’un militaire humaniste prêt à l’ultime sacrifice en impose et tient la dragée haute à Bogart. Au milieu des deux hommes, Märta Torén en femme vénale prête à tout pour quitter Damas et l’homme qui l’aime sans perdre pour autant son mode de vie fait de soirées et d’argent est parfaite.

L’autre atout majeur du film est d’avoir transposé avec brio l’univers du Film Noir dans un milieu plus exotique, plus oriental. Les décors, des catacombes romaines aux ruelles sombres en passant par les bureaux de l’armée française ou les échoppes et autre restaurants, sont criants de vérité et parfaitement mis en lumière par Burnett Guffey (Les Ruelles du Malheur, Le Prisonnier d’Alcatraz, Bonnie and Clyde,…). Car ne nous y trompons pas, Sirocco est bel et bien un Film Noir même s’il ne se déroule pas aux Etats-Unis. Ainsi, le spectateur, habitué à ce genre cinématographique, se retrouve en terrain connu avec ses personnages dont le Destin semble inéluctable, ses ruelles sombres et inquiétantes, sa femme fatale. Et, la situation du pays ne fait que rajouter du drame au drame, comme si la grande Histoire venait télescoper la petite histoire.

Il est cependant nécessaire de souligner que le réalisateur prend fait et cause pour l’armée française représentée ici comme garante du droit et ne faisant que riposter aux attaques des insurgés. Jamais le point de vue des rebelles n’ait réellement pris en compte et le chef de ces derniers semble être le seul responsable de la situation d’alors en Syrie. Le problème était quelque peu plus compliqué…

Malgré un scénario déjà vu, Sirocco est un film tout sauf mineur dans la filmographie de Bogart et se hisse sans mal au niveau de Le Violent (In a Lonely Place) également produit par la société de la star.

Edition DVD :

Le menu du DVD est musical et animé sur sa partie gauche. Seule est disponible la version originale du film avec ou sans sous-titre français. Une bande-annonce et une présentation du film par Patrick Brion occupe la section bonus.

Proposé uniquement en version originale, la bande-son se révèle claire et parfaitement audible sur les dialogues, belle présence des fusillades et des explosions hors champ, musique puissante.

L’image est, malgré le fait que la quasi-totalité du film se passe de nuit ou dans la pénombre, parfaitement lisible et détaillée. Très légère griffure aux environs de 35’40 en haut à gauche de l’image durant quelques secondes et une ou deux scènes en très léger retrait. Fourmillement maîtrisé.

Sidonis Calysta signe une édition soignée pour un film méconnu dans la filmographie de Bogey.

Sirocco est à retrouver en dvd ici

Bande-annonce

Fiche technique :

  • Réalisation : Curtis Bernhardt
  • Scénario : A.I. Bezzerides et hans Jacoby
  • Photographie : Burnett Guffey
  • Montage : Viola Lawrence
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Film Noir
  • Durée : 98 mn

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