Soleil de Nuit (White Nights) de Taylor Hackford

Soleil de Nuit (White Nights) de Taylor Hackford

Synopsis :

Un danseur étoile passé à l’Ouest est arrêté par les autorités russes suite à un crash aérien. Il est placé sous la surveillance d’un danseur américain passé à l’Est.

Critique :

Il y a quelques semaines, j’ai eu la chance de pouvoir chroniquer le film Contre Toute Attente réalisé par Taylor Hackford et interprété par Jeff Bridges, Rachel Ward, James Woods, Richard Widmark et Jane Greer. Une chance ? Si l’on veut tant le résultat s’avère laborieux. Pire, les spectateurs semblent n’avoir retenu de cette intrigue trop alambiquée pour être honnête que la chanson, Take a Look at me Know de Phil Collins. Ce qui n’est jamais bon signe. L’année suivante, en 1985, Taylor Hackford réalise Soleil de Nuit. Et devinez quoi ? Eh bien une fois de plus, ce sont les deux chansons originales qui tiennent la vedette, Seperate Lives de Phil Collins (encore !) et Say You, Say Me de Lionel Richie. Cela voudrait-il dire qu’une fois de plus le réalisateur aurait échoué à divertir son public ?

Le scénario de Soleil de Nuit est l’œuvre de James Goldman, romancier, dramaturge (They Might Be Giants), scénariste pour le cinéma (La Rose et la Flèche) et la télévision (Le Lion en Hiver), et de Eric Hughes (La Guerre des Abîmes) déjà auteur du script de Contre Toute Attente. Aïe. La direction de la photographie échoit à un David Watkin qui délaisse pour l’occasion Richard Lester avec qui il a travaillé à de très nombreuses reprises (La Charge de la Brigade Légère, Les Trois Mousquetaires…) et qui vient de recevoir un Oscar pour Out of Africa de Sydney Pollack. Une présence désincarnée de Sydney Pollack sur le plateau de Soleil de Nuit puisque ce sont ses monteurs attitrés, Fredric et William Steinback (L’Ombre d’un Soupçon), père et fils, qui s’attellent à la tâche après avoir déjà officié sur… Contre Toute Attente. Re-aïe.

Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, recontextualisons Soleil de Nuit. L’U.R.S.S. vit ses dernières années. La Guerre Froide a du plomb dans l’aile et l’élection en ’85 de Gorbatchev à la tête de la seconde puissance mondiale va accélérer le rythme des réformes qui mèneront à l’implosion du bloc de l’Est. Glasnost et perestroïka vont entrer dans le langage courant. 1985, c’est également la date à laquelle un certain Mikhaïl Barychnikov, danseur étoile passé au Canada en ’74, dépose sa demande de naturalisation américaine. De quoi faire de Soleil de Nuit le témoin privilégié de la fin d’une époque. Encore faut-il s’en donner les moyens.

Soleil de Nuit commence de la plus belle des manières. Un homme est allongé torse nu sur son lit. On le sent tendu. Il fume. Puis se lève et arpente la pièce d’aspect sordide qu’il occupe. Seul un tableau blanc représentant un visage « égaye » les murs gris sales. L’homme tourne en rond, ne cesse de consulter sa montre. Il est évident qu’il attend quelqu’un. Une femme. Qui finit pas arriver. Brune jais, la peau diaphane, rouge à lèvres de feu. Ses gants du soir nous renvoient à Rita Hayworth dans Gilda, à Ava Gradner dans Les Tueurs. C’est une femme fatale. Et elle se comporte comme telle. Elle attire l’homme pour mieux le repousser. Le suicide est la seule issue pour celui qui souffre. La pendaison. Les puristes auront reconnu Le Jeune Homme et la Mort de Jean Cocteau. Cette séquence est magnifique, parfaitement filmée avec un Barychnikov au sommet de son art. Malheureusement, Taylor Hackford va se montrer dans l’incapacité de maintenir ce niveau d’excellence tout au long de son film.

La faute à une vision bien trop manichéenne de son sujet. Taylor Hackford ne fait absolument pas preuve de discernement. Les russes sont les méchants, les américains les gentils. Il est évidemment fait allusion aux rancœurs nourris par le personnage interprété par Gregory Hines envers son pays natal, mais elles ne sont là que pour justifier sa venue en U.R.S.S. Le racisme, la pauvreté, le Vietnam, les différends familiaux, tout y passe mais ces reproches se verront balayés d’un revers de main au cours de l’intrigue par le réalisateur pour faire place à un retour en grâce au pays de l’Oncle Sam. Il faut dire que Barychnikov en est un parfait ambassadeur vantant les avantages de vivre sur la terre de la Liberté. Tout en faisant l’impasse sur certains aspects de la société américaine qui ne diffèrent pas tant que ça de ceux de son homologue russe. Le face-à-face entre les deux hommes, entre deux visions du monde tourne court. L’histoire se fait banale comme une énième version de passage à l’Ouest, Hackford retombe même un court instant dans cette mièvrerie qui n’a pas sa place ici. Mais Soleil de Nuit sait être intéressant, pour peu que le spectateur le considère comme la vision pessimiste de ce qu’aurait pu être la vie de Barychnikov s’il était retombé entre les mains des dirigeants communistes après son passage à l’ouest.

Mais Soleil de Nuit possède deux gros atouts. Mikhaïl Barychnikov et Gregory Hines. Le premier a fait ses débuts sur grand écran en ’77 avec Le Tournant de la Vie (et pour lequel Barychnikov sera nominé en tant que meilleur acteur dans un second rôle) et prouve ici qu’il sait jouer la comédie. Le second, Gregory Hines, confirme tout le bien que l’on pensait de lui après ses prestations dans Wolfen et Cotton Club. Mais surtout, son expérience comme danseur de claquettes fait qu’il se montre en capacité de se mesurer au talentueux Barychnikov au cours de morceaux musicaux enlevés, scènes les plus réussies du film, il faut bien l’avouer. Jerzy Skolimowski (Travail au Noir, Le Bateau Phare) est parfait en commissaire du peuple mais son personnage manque singulièrement de profondeur. Tout comme les personnages féminins, Helen Mirren (The Pledge, The Queen) et Isabella Rossellini (Blue Velvet, Sailor et Lula), superficielles à souhait.

Soleil de Nuit ne brille pas par son originalité, loin de là d’autant plus que son traitement, accumulant les clichés à un rythme de sénateur, peut s’avérer frustrant à la longue. Mais il serait dommage de passer à côté des prestations dansées de Barychnikov et Hines sous prétexte que Hackford n’ait pas su élever son talent au niveau de celui de ses interprètes. Car sans eux, on aurait assisté au même désastre que celui de Contre Toute Attente.

Edition dvd :

Fiche technique :

  • Réalisation : Taylor Hackford
  • Scénario : James Goldman et Eric Hughes
  • Photographie : David Watkin
  • Montage : Fredric Steinkamp et William Steinkamp
  • Musique : Michel Colombier
  • Pays : États-Unis
  • Genre : Drame
  • Durée : 136 minutes
close

Bienvenue Noiristas !

Inscrivez-vous vite pour recevoir les prochains articles à paraître chaque semaine

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

3 thoughts on “Soleil de Nuit (White Nights) de Taylor Hackford

  1. Voilà un autre film qui ne va pas me réconcilier avec Hackford. Ayant déjà un apriori négatif, je vais marcher à l’ombre de ce Soleil de Nuit. Pourtant, Jerzy Skolimowski, Hines, Isabella Rossellini et Helen Mirren sont autant d’atouts susceptibles de me séduire.

    1. Ce qui me fatigue un peu avec Hackford, c’est qu’il a entre les mains des sujets en or et qu’il en sort du laiton. Ici, le sujet est passionnant mais c’est survolé et bien pensant. Déjà ado, et avec moins de recul cinématographique, je trouvais le film bancal. Les scènes dansées sont parfaites mais le reste manque cruellement de prise de risque…

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :