Tuer n’est pas Jouer (I Saw what you Did)

Tuer n’est pas Jouer (I Saw what you Did)

Synopsis :

Libby, dont les parents sont sortis pour la soirée, invite son amie Kit à lui tenir compagnie chez elle. Pour passer le temps, les deux adolescentes téléphonent à de parfaits inconnus avant de leur déclarer « J’ai vu ce que vous avez fait et je sais qui vous êtes« . Ce qu’elles prenaient pour un innocent jeu va vite tourner au cauchemar lorsqu’elles tombent sur un véritable assassin.

Critique :

Les chats ne font pas des chiens. Ou comment Ursula Curtiss a suivi les traces de sa romancière de mère Helen Reilly. Après avoir été chroniqueuse pour le Fairfield News entre ’42 et ’43 puis publiciste de mode entre ’43 et ’47, la jeune Ursula Curtiss décide de se consacrer exclusivement à l’écriture d’intrigues policières, bien influencée en cela par les écrits de sa mère qu’elle n’a eu de cesse de dactylographier dans sa jeunesse. Son premier livre est édité dès l’année suivante, en ’48. Elle connaît la consécration avec son second roman, Les Deux Faucilles. D’autres succès, critique et public, viendront asseoir sa réputation. Les Heures Noires et La Guêpe sont de ceux-là. Les Heures Noires qui se verra d’ailleurs adapté en ’65 au cinéma sous le titre Tuer n’est pas Jouer par William Castle.

L’adaptation du roman d’Ursula Curtiss est confiée à William P. McGivern, lui-même romancier de polars passé au scénario après son installation dans la Cité des Anges. Et c’est qu’il a du talent notre vétéran de la second guerre mondiale. Car en dehors de ses 27 romans et quelques trois cents nouvelles, le bougre aura livré au septième art les scénarios et adaptations de classiques indémodables. Règlement de Compte de Fritz Lang, Le Bouclier du Crime d’Edmond O’Brien, Le Coup de l’Escalier de Robert Wise (qui soit dit en passant est édité prochainement chez Rimini Editions), Matt Helm Règle son Compte de Phil Karlson ou encore Brannigan de Douglas Hickox sont de ceux-là. Et je ne parle pas des séries télévisées (Kojak).

Producteur, William Castle (Johnny Stool Pigeon) sera aussi le réalisateur de ce Tuer n’est pas Jouer, film à la façon de. Alfred Hitchcock s’entend. Maître du suspense mais aussi du marketing, dans lequel William Schloss, alias Castle, se reconnaît. Mais là où le bât blesse chez ce dernier, c’est au niveau de la réalisation, généralement peu inspirée sans être pour autant honteuse. Parce que pour ce qui est de donner envie au public de se ruer dans les cinémas voir ses films, il n’y a pas meilleur que lui. Si l’on fait abstraction du père de Psychose. Résultat, on lui doit les procédés Emergo (un squelette surgissant au moment opportun dans la salle), Percepto (des décharges électriques dans les fauteuils) et Illusion-o (des lunettes faisant apparaître des fantômes) mais aussi la promesse de remboursement si des spectateurs décèdent durant la projection du film… Un vrai professionnel de l’esbrouffe. Le directeur de la photographie Joseph F. Biroc (The Killer that Stalked New-York, L’Implacable) et le monteur Edwin H. Bryant (Le 7ème Voyage de Sinbad) se joignent à l’équipe technique.

On ne va pas se mentir. Castle a vu et revu Psychose. Il a été marqué, comme beaucoup, par la fameuse scène de la douche. A tel point qu’il nous en livre sa propre vision dans son Tuer n’est pas Jouer. Même carrelage blanc. Même pommeau de douche filmé en gros plan. C’est aussi une femme qui se présente devant la porte en verre dépoli un couteau à la main. Mais ici le meurtre tient plus du corps-à-corps en vase clos. L’art du montage rendait la scène de Psychose mémorable. Le découpage chez Castle est plus aléatoire, moins percutant. Il sauve néanmoins sa scène grâce à une astucieuse prise de vue en plongée au cours de laquelle le tueur pousse sa victime à travers la porte dans un fracas du verre brisé. Hommage ? Roublardise ? Probablement un peu des deux. Mais le réalisateur à aussi ses fans qui n’hésiteront pas à le citer dans certains de leurs films.

Libby, en proie à une terreur sans nom, monte dans la voiture de ses parents stationnée dans leur garage. Elle tourne la clé de contact mais le véhicule refuse de démarrer. Elle insiste. Elle pleure. Elle implore. Une main surgit depuis la banquette arrière et saisit la jeune fille à la gorge. Libby tente de se libérer de cette emprise bien trop puissante. Elle étouffe. C’est alors que le tueur apparaît et se penche vers sa victime pour avoir plus de force. Cela ne vous rappelle rien ? Nous avons là la matrice presque conforme du meurtre d’Annie Brackett dans La Nuit des Masques de John Carpenter. Et le domicile de la famille de Libby se trouve où ? Elm Street. Ça vous parle ? Eh oui, c’est l’adresse de Nancy Thompson dans Les Griffes de la Nuit de Wes Craven. Autant de surprenants clins d’œil à Castle, probablement plus à son sens du spectaculaire qu’à sa réalisation, bien trop sage.

Parce qu’en l’état, Tuer n’est pas Jouer, bien qu’éminemment sympathique, ne suscite jamais l’effroi promis par son réalisateur. Le matériau était pourtant là. Tout d’abord le voyeurisme, obsession principale d’Ursula Curtiss, omniprésent dans ses romans est repris par Castle. Les deux jeunes filles s’immiscent dans le quotidien de leurs cibles. D’abord par le biais du téléphone puis en se déplaçant chez celui qu’elle pense inoffensif. Libby n’hésite pas à furtivement pénétrer de nuit sur la propriété du tueur et l’espionner à travers ses fenêtres. Dans le même ordre d’idée, la voisine amoureuse du tueur est constamment derrière ses rideaux à surveiller le moindre de ses faits et gestes. D’autre part, les décors, peu nombreux mais de qualité, baignés de brume nocturne auraient pu participer à créer une tension supplémentaire. Il n’en est rien. Tout est traité bien trop superficiellement pour jouer avec les nerfs des spectateurs. Comme si Castle n’avait pas osé aller jusqu’au bout de ses idées. Et puis, le jeu des jeunes actrices ne fait jamais craindre pour leur vie.

Un casting oscillant entre anciennes gloires et jeunesse. Joan Crawford (Le Masque Arraché) et John Ireland (Marché de Brutes), dont les carrières sont en perte de vitesse depuis quelques années font le job, parfois avec outrance. Les jeunes Andi Garrett et Sharyll Locke retomberont dans l’anonymat. Seule Sara Lane tirera son épingle du jeu et apparaîtra dans Le Virginien. Pour l’occasion, elles orienteront malgré elles Tuer n’est pas Jouer vers la comédie, désamorçant le peu de malaise instillé par les situations. Autre fautive, la musique de Van Alexander (L’Ennemi Public) trop enjouée pour être honnête.

Tuer n’est pas Jouer n’est pas Psychose. William Castle n’est pas Alfred Hitchcock. Mais si l’on fait abstraction de cet état de fait, Tuer n’est pas Jouer est agréable divertissement dont certains plans restent durablement en mémoire. Et si le meilleur moment du film était la présentation goguenarde du réalisateur proposée par l’éditeur dès le lancement du disque ?

Edition dvd :

Elephant Films nous permet de (re)découvrir Tuer n’est pas Jouer dans des conditions optimales. Mis à part un générique légèrement abîmé et un plan aux points blancs très présents, c’est du tout bon. Le noir et blanc est par moment magnifique. La bande-son, uniquement proposée en version originale sous-titrée français, est sans souffle et fait montre de puissante lorsqu’il le faut.

Au rayon bonus, nous retrouvons une présentation du film par Eddy Moine, des bandes-annonces, une galerie photos et une jaquette réversible du plus bel effet.

Tuer n’est pas Jouer est disponible en combo blu-ray / dvd ici et en dvd ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : William Castle
  • Scénario : William P. McGivern
  • Musique : Van Alexander
  • Photographie : Joseph F. Biroc
  • Montage : Edwin H. Bryant
  • Pays :  États-Unis
  • Genre : Thriller
  • Durée : 82 minutes
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2 réflexions sur « Tuer n’est pas Jouer (I Saw what you Did) »

  1. C’est clair que William Castle et son grand-guignol de l’épouvante est à cent coudées au-dessous d’Hitch. Ses films peuvent néanmoins se parer d’un certain charme, mais je n’ai jamais été totalement emballé.

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