Tuer un Enfant (Att Döda Ett Barn) de Gösta Werner

Tuer un Enfant (Att Döda Ett Barn) de Gösta Werner

Synopsis :

« C’est une belle journée. Le soleil caresse la plaine / C’est dimanche, les cloches vont sonner / Entre les champs de seigle, deux garçons ont trouvé un nouveau chemin / Le jour se lève sur les trois villages / Les hommes se rasent dans la cuisine / Et les femmes découpent des tranches de pain / Et les enfants boutonnent leurs vêtements / C’est le début d’une journée dramatique / Car aujourd’hui, un enfant va être tué par un homme heureux« .

Critique :

Ainsi commence Tuer un Enfant, adaptation de la nouvelle Att Döda Ett Barn signée Stig Dagerman, court-métrage de 1953 d’une infinie tristesse réalisé par Gösta Werner.

En quelques phrases, sobrement récitées par une voix off, le décor est planté. La campagne suédoise, superbe, d’un calme reposant, se réveille tout doucement. Il y fait bon vivre. Le père a promis à sa petite fille de l’amener à la rivière en ce dimanche ensoleillé. Le regard de la mère, qui prépare le petit déjeuner, déborde d’amour. La fillette, blonde comme les blés, est la représentation parfaite de l’innocence.

Trois villages plus loin, un jeune couple roule vers le bord de mer. Le garçon est heureux. Une belle voiture, une belle jeune femme dont le corps le frôle. Une bien belle journée s’annonce.

Mais le temps file. Le drame se met en place. La mère s’aperçoit qu’il lui manque du sucre. La voiture approche. Elle envoie sa fille en chercher de l’autre côté de la route, chez le voisin. La voiture approche. Le père la presse de se dépêcher. Il faut aller à la rivière. La voiture approche. La fillette sort de chez la voisine avec ses morceaux de sucre. La voiture approche. L’esprit déjà au bord de l’eau, elle traverse la route. La voiture est sur elle. Hors-champ. Un crissement de pneu et un hurlement. Qui se répètent. Encore et encore.

Le temps suspend son vol. Père et mère sont pétrifiés. La chair de leur chair gît sans vie sur le bitume. Le sucre autour de sa petite main. Le père s’approche. La mère hurle. Dans le véhicule, la jeune femme se mord le poing jusqu’au sang. Le jeune homme descend mais tient à peine debout.

Quatre existences brisées par un Destin qui a ici parfaitement joué sa partition. Les interrogations viennent très vite. Chacun aura sa croix à porter. Chacun a une part de responsabilité dans la mort de l’innocence. Le jeune homme devra vivre avec le sang de l’enfant sur les mains. On dit que le temps referme toutes les blessures. C’est faux. On vit juste avec. Seul. Comme ce jeune homme face à l’immensité de l’océan.

Neuf minutes. La puissance de ce court-métrage réside dans le seul fait qu’il parvient à maintenir le spectateur dans une sorte d’hypnose le menant vers ce moment qu’il sait inéluctable où un enfant va mourir. La voix off, monotone, sans passion, y est pour beaucoup. Les beaux paysages suédois, réhaussés par une sublime photographie toute scandinave, y sont aussi pour beaucoup. Tuer un enfant est un exercice d’autant plus maîtrisé que l’émotion affleure à chaque plan. Et c’est sacrément secoué que le spectateur, qui aura osé tenter l’expérience, quittera ce troisième village à jamais meurtri.

A sa sortie sur les écrans suédois, ce court-métrage a été interdit au moins de 15 ans.

Tuer un Enfant est à découvrir sans attendre ici pour ceux qui n’ont pas Netflix.

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