Un Cadavre au Dessert (Murder by Death)

Un Cadavre au Dessert (Murder by Death)

Synopsis : Cinq détectives de renommé mondiale sont invités à passer la nuit dans un manoir appartenant à Lionel Twain. Leur hôte leur apprend que l’un d’eux mourra au cours de la soirée et que celui qui résoudra l’affaire recevra la coquette somme de un million de dollars.

Critique : Issu d’une famille durement touché par la grande dépression, l’enfance de Neil Simon n’a pas été des plus heureuses. Le cinéma et ses stars de l’époque seront sont seul moyen de s’évader d’une existence si morose. Et, comme beaucoup, c’est tout naturellement qu’il se tournera vers la comédie en écrivant des scénarios pour la télévision en compagnie de Carl Reiner, Mel Brooks ou encore Selma Diamond! Il écrit également pour le théâtre, jusqu’à être considéré par certains comme le nouveau dramaturge de Broadway avant d’alterner la scène et l’écran. C’est dans ces conditions qu’il signe en 1976 le scénario de Un Cadavre au Dessert pour le compte de Ray Stark, producteur à succès de John Huston (La Nuit de l’Iguane, Reflets dans un Oeil d’Or, Fat City), Sydney Pollack (Propriété Interdite, Nos plus Belles Années) ou Richard Lester (La Rose et la Flèche). Quant à la réalisation, elle est confiée à Robert Moore, metteur en scène au théâtre et réalisateur pour la télévision et le cinéma mais aussi acteur ayant donné la réplique à Liza Minnelli dans Dis-Moi que tu m’aimes, Juni Moon.

Un scénariste et un réalisateur, tout deux issus de la scène, ne pouvaient accoucher que d’un film prenant les aspects techniques et narratifs du théâtre. Unité de lieu, la quasi totalité du film se déroule dans le manoir, et unité de temps, l’espace d’une nuit, plongent le spectateur dans un whodunit (roman à énigmes) cher à Agatha Christie. Mais ici, rien de sérieux ni de tragique. Car Neil Simon et Robert Moore semblent avoir un compte à régler avec les auteurs de romans noirs et de romans à mystère que nous affectionnons tant en convoquant pour les besoins de l’histoire leurs plus célèbres détectives .

Sont ainsi présents dans le manoir :

  • Sidney Wang (Peter Sellers) fait référence à Charlie Chan, détective américain d’origine chinoise créé par Earl Derr Biggers en 1925. Il est le héros de six romans publiés entre 1925 et 1932 par Biggers, de cinq par d’autres écrivains et de 48 films dont le dernier avec Peter Ustinov.
  • Dick et Dora Charleston (David Niven et Maggie Smith) sont inspirés de Nick et Nora Charles, couple fortuné de détectives amateurs imaginé par Dashiell Hammett pour le roman intitulé L’Introuvable paru en 1934, et eux-mêmes inspirés de la vie du romancier et de son épouse. Pour rappel, Hammett a été détective auprès de la célèbre agence Pinkerton.
  • Milo Perrier (James Coco), détective belge fier de ses origines et porté sur les arts de la table, bien évidemment inspiré par Hercule Poirot d’Agatha Christie, apparaissant dans 33 romans et 51 nouvelles.
  • Sam Diamond (Peter Falk) est un mélange improbable de Sam Spade, héros du Faucon Maltais, détective privé également créé par Hammett, et le célèbre inspecteur Columbo.
  • Jessica Marbles (Elsa Lanchester) reflet de Miss Marple, détective amateur et héroïne de 12 romans et 20 nouvelles signés d’Agatha Christie.

Ces glorieux détectives, ainsi que leurs chauffeurs/assistant(e)s/ secrétaires, se retrouvent ainsi enfermés entre quatre murs, obligés de mettre leur égo de côté (mais pas trop) et leur capacité de déduction (mais pas trop) pour relever le défi qui leur est proposé. Mauvaise foi, mensonges, bons mots fusent entre les différents protagonistes sous la caméra goguenarde de Moore qui s’en donne à cœur joie pour placer ses personnages dans des situations plus folles les unes que les autres. Fort de ses années d’expérience dans le théâtre, le réalisateur filme ses scènes comme une pièce dynamique avec d’incessantes sorties et entrées dans le champ se préservant ainsi de tout statisme.

On sent malgré tout que derrière le professionnalisme de la réalisation et la bonne humeur générale, le duo Simon/Moore nous prépare quelque chose de pas très catholique. Ils se moquent trop ouvertement de leurs héros pour que tout cela soit honnête. Les péripéties parfois trop absurdes, dans le bon sens du terme, nous amènent rapidement à une conclusion en forme de vengeance à l’encontre de ces détectives ou plutôt des auteurs littéraires qui les ont créés. En effet, notre duo de farceurs semblent entretenir une certaine rancœur envers ceux qui les ont manipulés au cours de leurs lectures. Car au cours d’un monologue final grandiloquent, l’instigateur de toute cette mascarade (représentation du réalisateur et du scénariste) déverse toute l’amertume qu’il peut ressentir après avoir été malmené par un(e) écrivain(e) qui se permet des ellipses, des faux semblants et autres faux indices pour mener le lecteur à ne plus savoir où il en est et, de fait, le faire accepter que les déductions du détective sont sensationnelles. Alors que si toutes ces techniques littéraires n’étaient pas là, le lecteur trouverait rapidement le mobile du meurtre et l’identité de l’assassin.

Le rythme, l’humour, l’interprétation tout en décalage, font que tout est réuni pour passer un excellent moment qui sera suivi l’année suivante par Le Privé de ces Dames toujours de Robert Moore, parodie de Casablanca et du Faucon Maltais.

Edition dvd :

Un dvd à l’image très peu définie mais aux belles couleurs et sans accident de pellicule. Les versions sonores sont claires et sans souffle. Une édition bluray serait néanmoins la bienvenue.

Fiche technique :

  • Réalisation : Robert Moore
  • Scénario : Neil Simon
  • Photographie : David M. Walsh
  • Montage : John F. Burnett
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Comédie policière
  • Durée : 94 minutes

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