Un Cri dans l’Ombre (House of Cards)

Un Cri dans l’Ombre (House of Cards)

Synopsis :

A la recherche d’un jeune enfant dont il avait la charge, un boxeur américain se heurte à une organisation fasciste cherchant à établir un nouvel ordre mondial.

Critique :

Né à Brooklyn en 1916, Stanley Ellin, au sortir de ses études, occupe divers petits métiers pour subvenir aux besoins de sa famille avant de s’engager en 1944 dans l’armée et de prendre part aux combats durant la seconde guerre mondiale. C’est à son retour qu’il va se consacrer exclusivement à l’écriture devenant très vite un spécialiste de la nouvelle. Il publie également de nombreux romans et participera même au scénario de La Grande Nuit réalisé par Jospeh Losey. Nombre de ses écrits se verront adaptés au cinéma et à la télévision. House of Card, roman jamais traduit en France et exploité sous le titre Un Cri dans l’Ombre, sera de ceux-là.

Les époux scénaristes Harriet Frank Jr. et Irving Ravetch, déjà à l’œuvre sur Les Feux de l’Eté, sont chargés de l’écriture du scénario qu’ils signeront du pseudonyme James P. Bonner. La réalisation échoit à un John Guillermin qui vient de signer un très bon Le Crépuscule des Aigles et dont le nom sera définitivement associé quelques années plus tard à la référence ultime du film catastrophe La Tour Infernale, au remake discuté et discutable King Kong, au so british Mort sur le Nil, au sexy Sheena, Reine de la Jungle et à la purge stratosphérique King Kong 2. La photographie est confiée à l’italien Piero Portalupi (François d’Assise) alors que J. Terry Williams (Les Griffes de la Peur) s’installe devant la table de montage.

S’il est un thème que l’on retrouve très tôt dans la filmographie d’Alfred Hitchcock, c’est la figure de l’innocence pourchassée. En effet, Les 39 Marches, Jeune et Innocent, Cinquième Colonne, Le Grand Alibi, La Loi du Silence, Le Faux Coupable, La Mort aux Trousses, Frenzy, pour ne citer que ceux-là, nous mettaient en présence d’hommes accusés à tort de meurtre, fuyant la police et le vrai meurtrier, au choix un individu ou une organisation secrète, obligés de se disculper en prenant les plus grands risques. Mais s’il est sous influence, Un Cri dans l’Ombre a aussi été une source d’inspiration pour certains.

John Guillermin a parfaitement retenu la leçon du maître du suspense et nous présente Reno Davis, américain à Paris, boxeur de son état, qui se retrouve plus ou moins par nécessité engagé comme précepteur auprès d’un enfant, héritier d’une riche famille. Une famille qui cache derrière des airs de respectabilité une organisation fasciste désirant renverser l’ordre établi. Mis devant le fait accompli mais rejetant ces idéaux, il se retrouve très vite accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis, poursuivi par la police. Seule solution, retrouver le seul témoin des faits, l’enfant dont il avait justement la garde et qui a mystérieusement disparu. Dès lors, il n’aura de cesse de suivre la piste des ravisseurs afin de les confondre. Dans son attitude, Davis rappelle à bien des égards Thornhill / Kaplan, mélange d’insouciance , d’indifférence face aux dangers et d’aptitude à se sortir de n’importe quelle situation. Cette aptitude renvoie d’ailleurs à un autre personnage incarné par Georges Peppard mais cette fois-ci pour la télévision. Je veux bien sûr parler d’Hannibal Smith de la A-Team. Et le spectateur de s’attendre après chaque réussite du héros de l’entendre déclamer « J’adore quand un plan se déroule sans accroc » ! Un film à la façon de … sans une belle jeune femme blonde ne serait pas complet. Reno Davis se voit donc très vite associé à la mère de l’enfant disparu, seule membre de la famille hermétique à la pensée unique fasciste, et qui détient malgré tout un très lourd secret que je me garderai bien de révéler.

La réussite d’Un Cri dans l’Ombre tient du fait que John Guillermin a su mélanger avec bonheur thriller politique et divertissement à la façon d’un OSS 117 version André Hunebelle. Il serait en effet difficile de ne pas faire le parallèle avec les évènements français liés aux activités de l’O.A.S., organisation politico-militaire clandestine proche de l’extrême-droite, et cette famille recrutant des mercenaires dans le seul but de renverser les Etats et retrouver sa puissance passée. Le réalisateur bien qu’il s’attache à nous révéler les rouages de cette « société » n’en oublie pas moins de divertir son public. Sa réalisation est alerte, ponctuée de bagarres (son héros est boxeur et rejette tout armement) et dans un souci de dépaysement, il va faire voyager son couple de pourchassés / pourchassant à travers la France et l’Italie, s’offrant au passage de très beaux plans du Paris des années ’60, aujourd’hui disparu, se fendra d’un hommage à La Dolce Vita de Federico Fellini et à sa fontaine de Trevi pour finir en apothéose dans le Colisée de Rome. Une scène où Davis va combattre le « secrétaire » de la famille adepte de la canne-épée et qui n’est pas sans renvoyer à celle tournée quatre plus tard au même endroit et opposant cette fois-ci Bruce Lee à Chuck Norris.

A générique, nous retrouvons donc Georges Peppard (La Gloire et la Peur, Le Crépuscule des Aigles), parfait dans le rôle du ricain qui ne lâche jamais rien, se sortant des pires ennuis le sourire aux lèvres. Pour lui donner la réplique, la belle Inger Stevens (Cri de Terreur, Police sur la Ville) qui vient juste de terminer Pendez-les Haut et Court et qui s’en tire ici avec les honneurs en mère à la recherche de son enfant. Ces deux-là ont également en commun d’avoir tourné un épisode de la série Alfred Hitchcock Présente. Face aux couples de fuyard, Orson Welles (Le Troisième Homme) fait presque de la figuration tant son temps de présence est pour le moins minime. Qu’à cela ne tienne, c’est toujours un plaisir de revoir son immense carrure. Keith Michell (L’Exécuteur), Ralph Michael (Khartoum), Perrette Pradier (Furia à Bahia pour OSS 117), Raoul Delfosse (Le Procès, Charade, French Connection 2) viennent compléter le casting.

Avec Un Cri dans l’Ombre, John Guillermin réalise un film intelligent et divertissant. Les péripéties s’enchaînent sans aucun temps mort pour le plus grand plaisir du spectateur conquis par une mise en scène alerte et un casting plein de charme.

Edition bluray :

Elephant Films nous permet de (re)découvrir Un Cri dans l’Ombre dans des conditions quasi-optimales. Après un générique en retrait, la définition se révèle à la hauteur de nos attentes malgré du fourmillement sur les aplats sur quelques scènes. Le niveau de détail est élevé et les couleurs vives comme il faut. A noter, en début de film, une instabilité d’images qui s’estompe heureusement très rapidement. Version française parfaite tout comme la version originale sous-titrée français. Encore du bon boulot signé d’un éditeur qui fait le job.

Un Cri dans l’Ombre est complété par le documentaire « From Paris With Love » de Julien Comeli et Erwan Le Gac et une bande-annonce d’époque. Jaquette réversible toujours présente.

Un Crime dans l’Ombre est disponible en combo bluray + dvd directement chez Elephant Films ici et chez Metaluna Store ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : John Guillermin
  • Scénario : James P. Bonner (Harriet Frank Jr., Irving Ravetch)
  • Musique : Francis Lai
  • Photographie : Piero Portalupi
  • Montage : J. Terry Williams
  • Pays : États-Unis
  • Genre : Thriller
  • Durée : 105 minutes
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3 thoughts on “Un Cri dans l’Ombre (House of Cards)

  1. Il existait donc une House of Cards avant Kevin Spacey… 😏
    Je découvre donc ce Guillermin, real que je ne tient pas très haut en qualité sinon que sa Tour Infernale avait de la gueule. King Kong moins (malgré Bridges et Jessica 🤪). The Blue Mark, c’était pas mal mais trop long, mais son atout est bien sur Peppard, acteur excellent qu’on associe hélas trop aujourd’hui à son rôle dans the A-Team. Le retrouver ici dans un film qui avoisine les OSS de Hunnebelle (qui, aussi sympathiques fussent-ils, n’étaient tout de même pas des chef d’œuvres du genre, loin s’en faut), me fait un peu peur. Mais après tout, pour se détendre, pourquoi pas.

    1. L’intrigue ne tient pas debout une seconde si l’on prend le temps de bien y réfléchir. Car après tout, qu’est-ce qui empêche cette puissante organisation de se débarrasser une bonne fois pour toute de notre bon vieux Hannibal Smith, pardon, Georges Peppard, au lieu de tourner autour du pot ? Rien, avouons-le. Mais si l’on fait fi de ce « détail », le charme opère et on se laisse entraîner dans ces aventures quelque peu rocambolesques.

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