Un Flic aux Trousses (Eddie Macon’s Run)

Un Flic aux Trousses (Eddie Macon’s Run)

Synopsis :

Eddie Macon s’évade de prison et tente de rejoindre sa femme et son fils au Mexique. C’est sans compter sur Carl ‘Buster’ Marzack, vieux flic acharné à sa perte.

Critique :

« L’homme le plus inquiet d’une prison est le directeur« . Cette citation que l’on doit au journaliste, dramaturge et scénariste Georges Bernard Shaw a dû parler au cœur du jeune James McLendon. Né en 1942 à Starke en Floride, il passera rien de moins que les dix-huit premières années de sa vie en prison. Sa faute ? Être le fils du directeur d’un établissement pénitentiaire. De l’expérience professionnelle de son père, il tirera deux romans. En 1977, Les Travailleurs de la Mort aborde le thème de la peine capitale aux travers des yeux de ceux gardiens qui ont à s’occuper des condamnés à la chaise électrique et en 1980, La Cavale d’Eddie Macon pour lequel il reçoit le prix Mystère de la critique. Son adaptation, Un Flic aux Trousses, sort sur les écrans américains en 1983 soit un an après son décès.

Pour mener à bien le projet, le producteur Martin Bregman, officiant pour Universal Pictures, envoie Jeff Kanew (Coup Double avec Kirk Douglas et Burt Lancaster) en première ligne. Ce dernier se fendra dans un premier temps du scénario d’Un Flic aux Trousses avant d’enfiler sa casquette de réalisateur et, en fin de parcours, de s’asseoir face à sa table de montage pour y parfaire son travail. Abnégation quand tu nous tiens. Consciente que le bonhomme ne pourra pas tout faire tout seul, la production dans sa grande bonté lui adjoint le directeur de la photographie James A. Contner dont le début de carrière en ’80 est marqué par sa présence au générique de Cruising – La Chasse de William Friedkin et qui se terminera en ’88 avec Incidents de Parcours de George A. Romero, avant qu’il ne passe à la réalisation pour le petit écran.

Jeff Kanew entame son récit de fort belle manière. Eddie Macon s’évade en douceur d’une prison où il purge une peine de 20 ans en profitant de l’effervescence d’un rodéo au sein même de l’établissement pénitentiaire. Après un voyage en camion au milieu des bovins, le voilà courant à travers les vastes étendues du Texas histoire de mettre le plus de distance entre les autorités et lui. Cette évasion rondement menée est entrecoupée de nombreux flashbacks revenant sur les circonstances dans lesquelles un jeune homme plein d’avenir en vient à être étiqueté criminel par la Société. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes pour Eddie et sa jeune épouse, Chris. Un job, un beau bébé, des projets plein la tête. Mais voilà il est diagnostiqué chez l’enfant une leucémie. Le besoin d’argent se fait vite ressentir, l’opération est onéreuse. Eddie change de voie et part travailler dans le forage pétrolier. Mais un puissant syndicat règne en maître sur la profession. Eddie refuse de payer, violente son patron et se retrouve interpellé par des flics que l’on devine très vite corrompus. Premier séjour en taule validé par une Justice tout sauf bienveillante, évasion manquée, retour à la case départ avec en bonus une peine fortement rallongée. Le drame est en place. Le spectateur baigne en plein néo-noir. Sauf que…

Sauf que la suite ne tient pas toutes ses promesses. Excluant les forces de l’ordre de l’équation, Jeff Kanew se contente de filmer un homme qui, dans sa course vers la liberté, rencontre toutes sortes d’obstacles plus ou moins dangereux. La traque promise par le titre puis par les premières scènes se mue ni plus ni moins en un road movie où notre héros ira de rencontre en rencontre. On en retiendra seulement deux en se disant que, finalement, c’est bien peu tant il y avait matière à rapidement basculer dans le sordide. Le sordide d’une situation où Eddie se trouve confronté à deux frères rednecks portés sur la pendaison mais aussi, pour l’un d’eux, sur une attirance malsaine qui renvoie sans aucune hésitation possible à la traumatisante scène du Délivrance de John Boorman. Le sordide d’une tentative de viol sur la belle Jilly Buck qui, reconnaissante, mènera Eddie au plus près de la frontière mexicaine. Mais encore une fois, tout cela est survolé, Jeff Kanew n’allant jamais véritablement jusqu’au bout de ses idées. Il y avait de la place pour mettre le spectateur encore plus mal à l’aise dans l’antre richement décorée des deux frères et instiller à une atmosphère pesante une bonne dose d’hystérie qui aurait pu nous ramener aux grandes heures de 2000 maniacs. Eddie aurait pu / dû tomber dans les bras de Jilly, surtout après la scène de la douche, ou même développer l’idée de la plaque d’immatriculation de la jeune femme, « SAM 7 », relative à un puissant homme de la région…

Et où est ce fichu flic du titre, celui qui est aux trousses d’Eddie ? Oh il est bien présent mais ne consens à entrer en action que dans la seconde partie du film. Avant, il se remémore comment Eddie l’a blessé au visage, lui laissant une cicatrice au-dessus de l’œil. Il fait aussi des pompes devant la télé et des grattouilles à son fidèle chien. Il suit l’évolution de la cavale par des amis policiers avant de se lancer sur les traces du jeune homme. A quel service appartient-il ? Pas la moindre idée. On le sait sur la sellette pour avoir abattu un homme, sans plus de précision. Il exhibe régulièrement de fausses identités à ses interlocuteurs sans que l’on sache trop pourquoi, devine le trajet du fuyard, l’attend au sommet d’une colline armé d’un fusil à lunette pour l’abattre (tiens donc) mais s’endort, tue le violeur, retrouve Eddie dans un hôtel mais se fait assommer, le poursuit en voiture mais fait un tonneau avant de l’appréhender et … de le laisser partir vers la frontière mexicaine. Au final, le but du flic était de se prouver à lui-même qu’il était encore capable de mener à bien une chasse à l’homme. Tout en admettant qu’il est devenu trop vieux pour ces conneries – ça ne vous rappelle personne – …

Devant un tel spectacle, le spectateur est en droit de se poser la question sur la finalité d’Un Flic aux Trousses. Tout était mis en place pour un polar nerveux baignant dans une atmosphère bien sombre, voire dérangeante. Plusieurs pistes sont amenées par le scénariste / réalisateur sans jamais être menées à leur terme. Comme si le but poursuivi était tout autre. La réponse est à rechercher du côté du producteur Martin Bregman.

Martin Bregman ne s’est pas fait un nom dans le cinéma uniquement comme producteur. Son parcours commence officiellement en 1973 lorsqu’il produit Serpico. Il faut cependant remonter le temps jusqu’en 1971 pour comprendre qui est réellement Bregman. Jerry Schatzberg travaille à son nouveau film, Panique à Needle Park. Il pressent le quasi inconnu Robert de Niro pour incarner Bobby. C’est sans compter sur Martin Bregman qui vient de découvrir, sur les planches Off Broadway, dans The Indian Wants the Bronx, un certain Al Pacino. Il va le faire travailler d’arrache-pied pour obtenir le rôle puis le soutiendra tout au long de sa carrière. Outre Serpico, les deux hommes collaboreront sur Un Après-midi de Chien, Scarface, Mélodie pour un Meurtre ou encore L’Impasse. Mais Pacino ne fut pas le seul à passer entre les mains de Bregman. Woody Allen, Faye Dunaway, Barbra Streisand, Bette Midler, Michael Douglas ou Alan Alda seront également représentés par ce dernier. Un Flic aux Trousses entre dans cette logique de découvreur de talent tant le film apparaît comme un tremplin pour son interprète principal, John Schneider.

Nous sommes en 1979 et une série télé va faire grand bruit, Shérif, Fais-moi Peur. John Schneider fait équipe avec Tom Wopat dans l’habitacle de Général Lee. En 1981, l’acteur rêve de nouveaux horizons et de cinéma. Martin Bregman est l’homme tout désigné pour le lancer dans la cour des grands comme il a pu le faire avec d’autres. Un Flic aux Trousses ne doit finalement son existence qu’à la publicité dont a besoin Bregman pour lancer son nouveau poulain. Ce dernier tape alors, avec plus ou moins de bonheur, dans plusieurs registres histoire de montrer de quoi il est capable. Il se débrouille honnêtement mais sans non plus crever l’écran. Face à lui, un Kirk Douglas (Le Champion) sans pression qui semble s’amuser comme un gosse. Nous retrouvons aussi au casting Lee Purcell (Mr Majestyk) qui par son personnage bien écrit enterre celui de l’épouse, trop fade, tenu par Leah Ayres (Carnage, Agence tous Risques), Tom Noonan (Gloria, Wolfen) et Jay O. Sanders (JFK, Kiss of Death) en frérots pas très finauds. Petits rôles pour les débutants John Goodman (Dans la Brume Électrique) et J.T. Walsh (Last Seduction).

Un Flic aux Trousses ne remplit pas ses engagements et c’est bien dommage. Le sujet était pourtant propice à développer une histoire faite de bruit et de fureur en dénonçant mine de rien les dérives d’une société peu compréhensive. Mais il demeure suffisamment sympathique pour maintenir l’attention du spectateur d’autant plus que l’édition Elephant Films est une fois de plus de qualité.

Edition bluray :

Elephant Films met les petits plats dans les grands pour nous permettre de (re)découvrir Un Flic aux Trousses dans des conditions optimales. L’image est sublime, le niveau de détail est sacrément élevé (les gros plans sur les visages sont fabuleux) et la définition atteint des sommets, que ce soit de jour comme de nuit. La bande-son, proposée en version originale sous-titrée français et en version française, est elle aussi très bonne, même si l’on pourrait regretter que les dialogues sur cette dernière soient parfois mixés un peu bas. Cette minime réserve mise à part, l’édition est parfaite.

En guise de bonus, nous retrouvons un documentaire intitulé « Cours après moi, Eddie ! » signé Julien Comelli et Erwan Le Gac et d’une bande-annonce. La jaquette est une fois de plus réversible.

Un Flic aux Trousses est disponible auprès de la boutique Elephant Films par ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : Jeff Kanew
  • Scénario : Jeff Kanew, d’après le roman de James McLendon
  • Musique : Norton Buffalo
  • Photographie : James A. Contner
  • Montage : Jeff Kanew
  • Pays : États-Unis
  • Genre : Policier
  • Durée : 90 min
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