Vendredi 13 (Black Friday)

Vendredi 13 (Black Friday)

Synopsis : Au cours d’une fusillade avec ses anciens complices, le criminel Red Cannon a un grave accident de voiture le blessant grièvement tout comme le professeur George Kingsley. Pour sauver celui qui est son ami, l’éminent docteur Ernest Sovac transfère le cerveau du criminel dans le crâne de Kingsley. Dès lors, la personnalité violente de Cannon réapparaît épisodiquement.

Critique : Universal a été le premier Studio à mettre en place un programme clairement tourné vers l’horreur, le fantastique, la science-fiction et le thriller en créant un univers étendu où certaines créatures seront amenées à se croiser. Des franchises à succès verront le jour comme celles de Dracula, Frankenstien, la Momie, l’Homme Invisible, le Loup-Garou ou encore la Créature du Lac Noir. Commencé en 1925 avec Le Fantôme de l’Opéra pour se terminer au cours des années 1950 avec La Créature est Parmi Nous, cet univers a permis à des acteurs d’inscrire leur nom au panthéon du cinéma au premier rang desquels Lon Chaney Jr, Bela Lugosi et Boris Karloff.

Parallèlement à ce projet au long cours, un autre genre s’est développé dans le paysage cinématographique, le film noir. Initié dans les années 30 sous le terme pré-code car situé avant l’avènement du Code Hays, il connaîtra son apogée durant sa période classique s’étalant entre 1940 et 1950 avec des titres comme Le Faucon Maltais, Assurance sur la Mort ou En Quatrième Vitesse. Bien que Vendredi 13 (Black Friday) ne soit pas référencé explicitement comme film d’horreur ou film noir, il contient suffisamment de caractéristiques communes aux deux genres pour trouver sa place dans ce que l’on appelle communément l’horror-noir.

Et pour Vendredi 13, Universal met les petits plats dans les grands en terme d’équipe technique et de casting. Le scénario est confié à Curt (né Kurt) Siodmak, le frère du réalisateur Robert Siodmak. Arrivé aux Etats-Unis en 1937, il est engagé dans un premier temps par la Paramount Pictures avant de basculer chez Universal et de se spécialiser dans le récit d’horreur et de science-fiction (Le Retour de l’Homme Invisible, Le Loup-Garou…). Arthur Lubin (Abbott et Costello), sous contrat depuis 1936, après des débuts au théâtre puis au sein de la Paramount et de Monogram and Republic, est engagé pour assurer la réalisation.

Le but avoué par Universal sur Vendredi 13 est de réunir pour la cinquième fois deux des stars du Studio, Boris Karloff et Bela Lugosi. Au début du projet, ce dernier devait incarner le docteur et son partenaire, le professeur. Mais pour des raisons inconnues, l’interprète du Dracula de Tod Browning tiendra le rôle quelque peu secondaire du chef des gangsters quand la star de Frankenstein signé James Whale incarnera lui le médecin. L’anglais Stanley Ridges sera engagé pour interpréter le double rôle de George Kingsley / Red Cannon.

Vendredi 13 n’est pas à proprement parler un classique du genre mais Arthur Lubin fait preuve d’un professionnalisme certain grâce à une réalisation nette et sans fioriture. Se servant avec efficacité des ressources de Universal, il condense son récit grâce à un excellent tempo où les actions de chacun ne sont jamais répétitives malgré le sujet du film. Elwood Bredell (Les Mains qui Tuent, Les Tueurs…), son directeur de la photographie, éclaire les plans du film comme il le ferait pour un film noir. Les décors, intérieurs comme extérieurs, baignent dans une obscurité menaçante qui semble se refermer implacablement sur les protagonistes. Et lorsque l’image est lumineuse, Lubin réplique par une utilisation du hors-champ là aussi inquiétante. Sans parler du fait que le film n’est qu’un long flashback entrecoupé d’extraits de journal de bord resituant les faits dans le contexte.

Il flotte sur Vendredi 13, initialement intitulé Friday the Thirteen avant de devenir Black Friday, comme un léger parfum de Docteur Jekyll et Mister Hyde. Stanley Ridges est tout simplement impressionnant, tenant là certainement son meilleur rôle. Il parvient tellement à dissocier les deux personnages de Kingsley et Cannon que le spectateur a toute les difficultés à admettre qu’un seul et même comédien tient les deux rôles. Boris Karloff est parfait dans la peau de ce médecin tiraillé entre l’amitié qu’il éprouve pour son ami et son désir de rentrer en possession d’une forte somme d’argent caché par le malfrat et qui lui ouvrirait les portes d’une carrière encore plus aboutie. Finalement, la déception vient de l’immense Bela Lugosi cantonné dans un rôle fort peu écrit qui ne lui laisse à aucun moment le loisir de laisser transparaître son talent.

Dégraissé jusqu’à l’os, le film dure à peine 70 minutes, Vendredi 13 est l’archétype même du film fantastique des années 40. Empruntant autant aux films d’horreur qu’au film noir, il trouve sa voie grâce à une réalisation sans fard et à une interprétation magistrale de Stanley Ridges et de Boris Karloff. A voir de toute urgence d’autant que l’édition signée Elephant Films est de qualité.

Edition bluray :

Elephant Films propose de nous faire (re)découvrir ce Vendredi 13 dans des conditions optimales. Le master est quasiment exempt de tout dégât, le niveau de détail est élevé et le noir et jouit d’un très beau noir et blanc. Uniquement proposée en version originale sous-titrée, on non, la bande-son est limpide et sans souffle.

Le combo bluray / dvd offre en outre un livret photos de 20 pages par Alain Petit, la présentation du film par Nicolas Sranzick ainsi que des bandes-annonces. Vous pouvez retrouver le combo ici

Bande-annonce

Fiche technique :

  • Réalisation : Arthur Lubin
  • Scénario : Curt Siodmak, Eric Taylor
  • Musique : Hans J. Salter
  • Photographie : Elwood Bredell
  • Montage : Philip Cahn
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Horror-noir
  • Durée : 70 minutes

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